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Peindre les Landes, de Hossegor à Soulac Jean-Roger SOUBIRAN (dir.), Dominique DUSSOL et Christel HAFFNER LANCE,
Loin de se réduire au cliché du berger perché sur ses échasses, ou à une image de tristesse et de monotonie, les Landes de Gascogne sont un paysage de contrastes et de nuances. Théâtre ambivalent de métamorphoses, marais ou désert, étangs secrets, forêts mystiques, océan infini, ce pays qui éveille des résonances dans l’être le plus profond a constitué un terrain d’expérience pour plusieurs générations d’artistes. En affichant le parti de la plasticité, Peindre les landes propose un regard inattendu : des séances d’immensité de Rousseau au minimalisme d’Auguin, des dunes de Lizal et de Gueit, à l’appel du large de Van Hasselt, de la planéité aux forêts – cathédrales de Rigaud, Sourgen ou Larrieu –, le paysage landais, résumé à l’élémentaire, conjugue et oppose horizontalité et verticalité, monochromes subtils et fanfares chromatiques. Des marais originels à la Côte d’Argent, l’enquête qui mobilise une quarantaine d’artistes singuliers conduit aussi le lecteur d’Hossegor à Soulac, à la découverte d'un pays inconnu, d'une innocence retrouvée. Comment la peinture peut opérer une saisie des espaces et devenir nécessité intérieure, c’est la réponse qu’ont apportée ces artistes en interrogeant le réel. Chacun, à sa manière, structure une identité landaise, souvent dans un véritable esprit de modernité. Louis-Augustin Auguin, Amédée Baudit, Émile Brunet, Louis Cabié, Suzanne Labatut, Alex Lizal,Édouard Lanet, Hippolyte Pradelles, Théodore Rousseau, Maggie Salzedo, Jean-Roger Sourgen, Willem Van Hasselt∞ Si le livre situe bien le Bassin d’Arcachon dans le territoire des Landes, trois chapitres lui sont précisément consacrés : – Jean-Roger Soubiran, “Le Bassin d’Arcachon, haut lieu de l’école bordelaise de paysage au XIXe siècle”, p. 76-89 (publié en 2004), – Dominique Dussol, “Émile Brunet, l’Arcadie du Bassin”, p. 90-99 (publié en 2010), – Christel Haffner-Lance (de notre Société), “Willem Van Hasselt, souvenirs d’Arcachon”, p. 100-117 (complètement inédit).
Bordeaux, Le Festin, avril 2012, 144 pages, 250 illustrations en couleurs, 22 €.
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Peindre les Landes, de Hossegor à Soulac Jean-Roger SOUBIRAN (dir.), Dominique DUSSOL et Christel HAFFNER LANCE,
Loin de se réduire au cliché du berger perché sur ses échasses, ou à une image de tristesse et de monotonie, les Landes de Gascogne sont un paysage de contrastes et de nuances. Théâtre ambivalent de métamorphoses, marais ou désert, étangs secrets, forêts mystiques, océan infini, ce pays qui éveille des résonances dans l’être le plus profond a constitué un terrain d’expérience pour plusieurs générations d’artistes. En affichant le parti de la plasticité, Peindre les landes propose un regard inattendu : des séances d’immensité de Rousseau au minimalisme d’Auguin, des dunes de Lizal et de Gueit, à l’appel du large de Van Hasselt, de la planéité aux forêts – cathédrales de Rigaud, Sourgen ou Larrieu –, le paysage landais, résumé à l’élémentaire, conjugue et oppose horizontalité et verticalité, monochromes subtils et fanfares chromatiques. Des marais originels à la Côte d’Argent, l’enquête qui mobilise une quarantaine d’artistes singuliers conduit aussi le lecteur d’Hossegor à Soulac, à la découverte d'un pays inconnu, d'une innocence retrouvée. Comment la peinture peut opérer une saisie des espaces et devenir nécessité intérieure, c’est la réponse qu’ont apportée ces artistes en interrogeant le réel. Chacun, à sa manière, structure une identité landaise, souvent dans un véritable esprit de modernité. Louis-Augustin Auguin, Amédée Baudit, Émile Brunet, Louis Cabié, Suzanne Labatut, Alex Lizal,Édouard Lanet, Hippolyte Pradelles, Théodore Rousseau, Maggie Salzedo, Jean-Roger Sourgen, Willem Van Hasselt∞ Si le livre situe bien le Bassin d’Arcachon dans le territoire des Landes, trois chapitres lui sont précisément consacrés : – Jean-Roger Soubiran, “Le Bassin d’Arcachon, haut lieu de l’école bordelaise de paysage au XIXe siècle”, p. 76-89 (publié en 2004), – Dominique Dussol, “Émile Brunet, l’Arcadie du Bassin”, p. 90-99 (publié en 2010), – Christel Haffner-Lance (de notre Société), “Willem Van Hasselt, souvenirs d’Arcachon”, p. 100-117 (complètement inédit).
Bordeaux, Le Festin, avril 2012, 144 pages, 250 illustrations en couleurs, 22 €.

Bulletin n° 152 de mai 2012
- par Administrateur
le 23/05/2012 • 13:06
PAYS DE BUCH EN HISTOIRES Bulletin n° 152 du 2e trimestre 2012

Éditorial - Patrimoine caché (Michel Boyé)
Le présent bulletin s'inscrit dans le droit fil de notre 40eanniversaire et de notre assemblée générale, avec la publication de deux articles dont le contenu a été en partie dévoilé aux participants apparemment comblés de cette belle journée du 15 janvier qui a permis, entre autres, la projection de « L'Ile aux oiseaux ».
Par le plus heureux des hasards, ce court métrage de Marco de Gastyne, petit bijou oublié, préfigurait les futures Journées du Patrimoine 2012 que notre société doit désormais préparer sur le thème du « patrimoine caché ». Plusieurs sites sur la Toile nous indiquent les pistes à explorer : « secrets d'histoire, coulisses et machineries, trésors enfouis, envers du décor... ». Et les idées pullulent : descendre dans le sous-sol à la découverte du patrimoine archéologique (épaves, bunkers, traces d'habitat, restes de bâtiments...) et souterrain (catacombes, grottes, cryptes, tumuli, caves, mines, canalisations, tunnels, voies de circulation...), gagner en altitude pour s'approcher du patrimoine "en hauteur" (charpentes, cloches...) ou pour lire le plan d'urbanisme d'une ville, franchir les portes de maisons et de leurs cours, de salles habituellement fermées, accéder aux coulisses (studios d'enregistrement, salles de théâtre, de cinéma...) et aux archives, découvrir les secrets de fabrication et les savoir-faire, la face cachée de l'art de bâtir, les éléments dissimulés, les détails insolites, les réserves de musées, les lieux et les mémoires oubliées.
Ce qui nous ramène à l'actualité de notre territoire sur lequel, bien évidemment, nos ambitions devront être revues à la baisse sauf, par exemple, à retrouver la « grotte de Gisèle » ou à assister à une restauration accélérée du château de Certes ou du clocher de l'église Saint-Ferdinand d'Arcachon. Lire la suite dans le Bulletin (3 pages)
1901-1951, sur le sable, les pas des stars oubliées (Patrice Vergès et Michel Boyé)
(Conférence du 15 janvier 2012 au Palais des Congrès d’Arcachon) S’il y eut une présentation du « kinématographe » à Arcachon, « en face du Grand Hôtel » en août 1896, le Septième Art s’implanta de manière durable sur les rives du Bassin d’Arcachon à partir de 17 avril 1901 avec la projection de cinq courts métrages, grâce au cinématographe Lumière, dans la salle de l’Athénée, 252 boulevard de la Plage. L’ouverture de salles, à partir de 1907 à Arcachon, puis de 1912 (?) à La Teste-de-Buch, alla de pair avec la venue de cinéastes, de comédiens et de comédiennes en villégiature, mais aussi à la recherche de décors.
Le Bassin d’Arcachon a été le théâtre de nombreux tournages de films, surtout depuis la seconde moitié du XXe siècle, mais n’ayons garde en effet d’oublier les réalisations des Années folles. Ce fut l’occasion pour de nombreux artistes, et non des moindres, de découvrir ou de redécouvrir ses charmes. Certains connaissaient bien ses rivages pour y être né, pour y avoir vécu leur enfance ou pour avoir choisi un jour d’y venir, parfois pour des raisons professionnelles (théâtre), parfois pour se reposer et se divertir, allant même jusqu’à décider, pour quelques-uns d’entre eux, de s’y installer. Au fil du temps, trois « destinations » furent particulièrement privilégiées : - Arcachon où il était de bon ton de se montrer à la Librairie générale et à la pâtisserie Foulon, - la presqu’île du Cap-Ferret avec son hôtel Chantecler, - la nouvelle station à la mode à partir des années 1920, Pyla-sur-Mer.
Partons sur les traces de ces stars oubliées du Bassin d’Arcachon, au gré des rencontres de l’écrivain et journaliste Patrice Vergès, dont les propos figurent ici en italiques. Lire la suite dans le Bulletin (20 pages)
Les deux Société historiques et archéologiques d’Arcachon et du pays de Buch, une « concordance des temps » ? (Armelle Bonin-Kerdon)
À la faveur du quarantième anniversaire de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch en cette année 2012, nous avons souhaité nous pencher sur son histoire à elle, en quelque sorte en faire à son tour un « objet » d’histoire.Quoi de plus naturel de nous intéresser d’abord à son « ancêtre », la première Société historique, née en 1927 de la volonté du journaliste parisien Albert de Ricaudy, installé à Arcachon pour des raisons de santé ? Il est significatif que cette dernière portait déjà exactement la même dénomination que la société actuelle, du moins jusqu’en 1936. Faut-il pour autant placer la société d’aujourd’hui, recréée en 1972 par Henri Marchou après un sommeil d’une trentaine d’années, dans le droit fil de la première ?
Pour plagier le titre de l’émission de Jean-Noël Jeanneney à France Culture, y a-t-il une « concordance » entre passé et présent, ou y distingue-t-on au contraire le signe d’une évolution notable dans la façon de « faire de l’histoire » localement ? Il n’est pas question ici d’examiner en détail les travaux des deux sociétés, ce qui serait bien sûr au fort désavantage de la première, mais bel et bien la vision de l’Histoire qui les sous-tend. À ce propos, on pourra s’interroger selon plusieurs angles d’attaque, en se demandant par exemple si la première société était représentative de son époque ou non, si elle développait des buts différents de la société actuelle, ou si elle possédait une dimension novatrice susceptible de nous éclairer encore aujourd’hui.
L’Histoire : discipline littéraire ou science ? Aujourd’hui, l’Histoire est considérée comme une science, même si on précise « humaine », avec une méthode axée sur la confrontation des sources, l’établissement de faits indubitables et la recherche des causalités. Certes, une société de bénévoles, comme le pensait Henri Marchou, ne doit être ni trop ni pas assez savante, mais le fait est que, depuis 1972, elle s’efforce de respecter la rigueur « scientifique » et de bannir les « approximations », qui « seraient indignes d’une société historique valable ». Lire la suite dans le Bulletin (8 pages)
Facture-Biganos, la naissance de la papeterie (1925-1945) (Hubert Bonin)
L’histoire économique et l’histoire d’entreprise sont des champs disciplinaires plutôt rébarbatifs ! De surcroît, l’histoire du Bassin d’Arcachon ne privilégie pas la mise en valeur des « forces productives » qui ne sont pas liées aux loisirs ou à la mer… Pourtant, des usines et ateliers ont tourné dans nombre de bourgades, notamment dans la conserverie ou la transformation du métal. Retracer l’histoire d’une papeterie, aussi décriée parfois par les odeurs dégagées, le passage de camions, voire l’outrage au paysage forestier, n’est donc pas « ignoble » !
De plus, une histoire d’usine peut, elle aussi, être passionnante si l’on songe à la puissance de la machine, si fascinante dans les romans ou récits de jadis : or l’histoire des « moyens de production » de cette papeterie se confond avec celle de machines exaltantes d’ampleur et avec celle des ingénieurs et techniciens qui les ont conçues et entretenues. L’on doit évoquer aussi la « geste industrielle », c’est-à-dire le travail des hommes, la création et le renouvellement des « forces productives », donc des emplois, même si, parfois, les fameux « rapports de production » se sont tendus en « rapports de classes » et ont été ponctués d’une histoire de syndicats et de grèves.
Enfin, que seraient le Pays de Buch et les landes girondines sans la « filière bois », qui n’est pas seulement destinée à maintenir la nostalgie des gemmeurs d’antan ou à favoriser les constructions en bois ? Le Sud-Ouest girondin (Bègles, vallée du Ciron) et landais (Mimizan, Roquefort, etc.) dispose lui aussi, comme les Pyrénées, la Normandie ou le Nord, d’une forte histoire de la papeterie, et l’usine de Facture-Biganos est l’une des « cathédrales industrielles » qui symbolise les rêves d’un eldorado de la mise en valeur du bois et les réalités des combats récurrents pour préserver la compétitivité d’un site manufacturier.
Cette révolution n’a évidemment rien à voir avec les activités industrieuses qui avaient caractérisé les siècles précédents. Auparavant, en effet, un moulin papetier avait été construit par la société Loze sur le ruisseau du Lacanau de Mios au lieu-dit « pont Nau », et l’on peut encore en voir des vestiges à l’entrée sud de Biganos. Ce petit site aurait démarré dès 1885 pour fabriquer des papiers gris d’emballage ; le sécheur de la machine était alimenté au bois ; le séchage d’appoint des papiers lourds et très épais s’effectuait par exposition au soleil dans les prairies voisines. Mais cette unité ferme en 1936, complètement dépassée par le progrès technique et la mécanisation. Non loin, un moulin à grain aura fonctionné de 1803 à 1972, après avoir été équipé de deux turbines hydrauliques en 1932… Lire la suite dans le Bulletin (23 pages)
L’aviateur Paulhan à Arcachon (Aimé Nouailhas)
Il y a cent ans, le premier hydravion se posait sur le Bassin ; il y a cent ans, les premières photos aériennes d’Arcachon étaient réalisées. Grâce à nos amis cartophiles, nous avons plaisir à revenir en images sur les acteurs et les événements que vécurent les Arcachonnais les 6, 7 et 8 avril 1912.
Trois hommes et un avion - Jean-Baptiste James Veyrier-Montagnères, maire en campagne électorale - Jean-Baptiste James Veyrier-Montagnères est né le 4 octobre 1852 à Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne). Propriétaire à Arcachon, agent de change à Bordeaux, il a été élu conseiller municipal en 1896 et il est devenu maire d’Arcachon le 26 juin 1897 (il le restera jusqu’au 17 juillet 1922). Après avoir été conseiller général du canton de La Teste de 1898 à 1904, il est alors conseiller du canton d’Arcachon, créé le 6 avril 1906 (il conservera ce mandat jusqu’en 1925).
Son action à la tête de l’administration municipale est remarquable et remarquée. Il a, à son actif, notamment les jetées-promenades (1903-1904, 1906), l’achat de la forêt des Abatilles (1907), le don du Stade Matéo-Petit (1909), une intense promotion pour sa ville, la venue des bateaux de la Marine Nationale pour les festivités arcachonnaises... En 1911, il a inauguré l’électrification de l’éclairage public et la ligne de tramway, il a lancé les travaux pour la réalisation du boulevard-promenade qui porte aujourd’hui son nom.
Pour donner plus d’éclat aux fêtes de Pâques 1912, il recherche une attraction d’un intérêt exceptionnel. De plus, les élections municipales sont prévues un mois plus tard, le 5 mai ; il est donc en campagne. Il demande alors à l’aviateur Paulhan de venir animer le Bassin et le ciel d’Arcachon. La presse annonce qu’il aurait payé 3.000 F (près de 10.000 € actuels, selon l’INSEE) pour le déplacement et les prestations de l’aviateur. Une grande publicité est faite à l’événement ; chaque platane de la ville aurait, dit-on, reçu une affiche ! Lire la suite dans le Bulletin (11 pages)
Le livre d’or de « Chez Foulon » (suite et fin) (Michel Boyé)
La pâtisserie et le bar Foulon, de la guerre à l’incendie - Comme l’arappelé Jean Garnier, l’Occupation fut un épisode douloureux pour André Foulon. Parallèlement, le bar et la pâtisserie connurent des heures difficiles. Le Livre d’Or, avec seulement deux dédicaces – encore sont-elles tout à fait particulières : un sergent et un ami, sinon une « connaissance » d’André Foulon, aux signatures contestables – en portent témoignage, tandis qu’un autoportrait de « Tigre » (Pierre de Régnier [1898-1943]), qui va mourir dans quelques mois d’alcoolisme, souligne la situation tragique du pays.
23 septembre 1940 - Depuis l’occupation - Nous avons la ration - Mais malgré la verdure - Nous prenons la bitture. Signé : Guy Fourcelle ( ?) Sergent au 147e R.I.F.
Je l’ai connu comme ça - Je le retrouve comme ça (ce costume lui sied mieux) - Les ressemblances ne sont pas garanties - En souvenir d’un pernod sans lendemain -Amicalement Signé : Roger Grégory ( ?) Février 1942
Cruauté des temps, alors que grandissait l’inquiétude sur le sort d’André Foulon mais aussi de Jean Farges, l’un et l’autre déportés, la première « personnalité » à apparaître sur le Livre d’Or d’un Arcachon libéré est un chansonnier, malheureusement mal identifié ! Vraisemblablement accompagné d’un compère, aussi bon rimailleur.
Pour ne pas trouver le temps long - Il suffit d’être assez fou - Pour faire le plein chez Fou - Lon. Signé : M. G. Vitez ( ?) Chansonnier
Le 5 octobre 1944 - Toc toc. Me v’là doc !!! - Signé : Miloffe [illisible]
Suit un trio, alors majeur, de la chanson française – le couple Jacques Pills - Lucienne Boyer, escorté par son impresario, l’auteur-compositeur et futur directeur de l’Olympia - Bruno Coquatrix (Ronchin, 5 août 1910 – Paris, 1er avril 1979). Jacques Pills, de son vrai nom René Ducos (Tulle, 7 janvier 1906 - ?, 12 septembre 1970), était alors l’interprète en vogue de Mireille et Jean Nohain, tandis qu’Emilienne-Henriette dite Lucienne Boyer (Paris, 18 août 1901 – ID., 6 décembre 1983) restait pour le grand public l’inoubliable créatrice de « Parlez-moi d’amour » (1930). Lire la suite dans le Bulletin (18 pages)
Textes et documents :
I - 24 mai 1770 - Un naufrage qui se termine bien (Alain Charriaut)
Les Archives Départementales de la Gironde conservent dans le fonds de l’Amirauté de Guyenne un important dossier retraçant une trentaine de naufrages survenus sur les côtes aquitaines durant le XVIIIe siècle.
Ces précieuses informations ont déjà été partiellement exploitées par Jacques Ragot, en particulier dans son ouvrage Les pêcheurs du Bassin d’Arcachon au temps des chaloupes, tout spécialement dans le chapitre XII consacré aux naufrages survenus sur nos côtes.
Tous les navires qui allaient à la côte n’étaient heureusement pas perdus corps et biens, et certains pouvaient être renfloués, réparés et poursuivre leur route.
Voici les mésaventures arrivées en mai 1770 à l’Hercule d’Altona. Les procès-verbaux soigneusement rédigés par le garde-côte juré de Buch, Jean Lesca, permettent de retracer les faits dans leur totalité.
Un premier procès-verbal est rédigé sur les lieux du naufrage le 25 mai 1770 ; en voici la transcription intégrale, avec la graphie du texte :
"Aujourdhuy vingt cinquième may mil sept cent soixante dix, nous, Jean Lesca, garde cotte juré étably par Monseigneur l’Amiral et Messieurs les officiers de l’Amirauté de Guyenne, habitant de la Teste, soussigné, ayant été averty qu’il y avait un navire naufragé à la cotte d’Arcasson au nord de la pointe du Héret et vis-à-vis la paroisse de Lège distant de la Teste d’environ six lieux, sommes partys de notre logis le susdit jour à quatre heures du matin avec une chalouppe armée de quinze hommes que nous avons requis de venir audit naufrage pour y travailler à sauver les marchandises qui pourraient s’y trouver, ainsy que les agrès et appareaux dudit navire, et estant arrivés audit lieu du naufrage environ deux heures de relevée, avons trouvé sur la dite cotte de Lège ledit navire naufragé et échoué à la cotte, dans lequel sommes montés dans iceluy et avons trouvé le capitaine avec neuf hommes d’équipage, auquel dit capitaine avons exhibé notre commission et l’avons interpellé de nous dire son nom, celuy du navire, d’où il estait, où il allait, en quoy consistait la carguézon, ainsy que de nous remettre ses papiers et connaissements. Lire la suite dans le Bulletin (4 pages)
II - Le naufrage du 3 janvier 1904 (Antoine Baggio)
En consultant les archives privées de la famille Bézian de Gujan-Mestras, j’ai retrouvé un texte écrit par le docteur Louis Bézian, publié dans un journal local le 3 janvier 1954. La qualité de l’écriture, le souffle qui s’en dégage, transformant un drame en épopée épique, m’a immédiatement séduit et j’ai pensé en faire profiter les lecteurs du Bulletin. Il s’agit d’un fait historique.
Ce texte, qui décrit avec une grande justesse les conditions très difficiles d’exercice des pêcheurs du Bassin à cette époque, j’ai pensé qu’il fallait aussi le rapprocher du rapport officiel du patron sauveteur publié dans L’Avenir d’Arcachon, n° 2666 du 10 janvier 1904.
Le lendemain, lundi 4 janvier 1904, plusieurs vapeurs, le St-Georges, le Courier-du-Cap et le Courlis ont appareillé à la recherche de ce qui ce qui pouvait encore flotter et pouvait être récupéré. La pêche fut maigre, quelques espars et seulement six pinasses réparables.
Les journaux de la région – La Gironde, La France et L’Avenir d’Arcachon – émus par les pertes énormes subies par les marins, ouvrirent des souscriptions : 14.000 francs furent ainsi récoltés, en deux semaines, qui permirent d’indemniser les pêcheurs à hauteur de 75% de leurs pertes.
Ce même jour, le 4 janvier, les 151 rescapés signèrent une pétition à l’adresse de M. Camille Pelletan, Ministre de la Marine, pour lui demander d’honorer le patron Félix Casteigts, pour son remarquable sauvetage.
Le 3 mars, le ministre écrivit au chef de service de l’inscription maritime de Bordeaux :
«… J’ai été heureux de constater le sang-froid, la prudence et la capacité professionnelle dont ont fait preuve en cette circonstance les patrons Mesple et Casteigts, et je vous prie de leur transmettre toutes mes félicitations, avec inscription à leur article matriculaire. Vous voudrez bien en même temps adresser mes remerciements à la société des Pêcheries Françaises et à celle du Golfe de Gascogne pour le concours désintéressé prêté par leurs navires à l’occasion de cet événement de mer ». Lire la suite dans le Bulletin (6 pages)
III - L’attentisme et l’opportunisme associatifs à Arcachon (1940-1944) (Jacques Clémens)
Un dossier d’archives familiales d’un habitant d’Arcachon permet d’avoir une première approche de ce qui peut être appelé l’attentisme et l’opportunisme associatifs de 1940 à 1944. Mais rien ne prouve que l’on dispose de toutes ses cartes d’adhésion ou de tous les reçus de cotisations ou de simples dons. Certaines cartes étaient renouvelées chaque année ; mais pour certaines associations, seul un reçu gardait la trace des cotisations. D'autre part, le versement d’une somme n’est pas non plus forcément la preuve d’un militantisme associatif. Il ne s’agit le plus souvent que d’une marque de soutien. L’autre limite de cet échantillonnage pour étalonner en quelque sorte le mouvement associatif pendant l’Occupation est d'ordre social. Le sociétaire, né à Arcachon en 1869, a été conseiller municipal jusqu’au 17 juillet 1941. Son adhésion a pu être simplement de « complaisance ». Les dons de bienfaisance ou de solidarité sont le plus souvent au nom de son épouse. Mais l’« encadrement » associatif veille à maintenir le lien avec le sociétaire, même si leurs activités sont fortement réduites sinon arrêtées, du moins pour certaines.
A.Témoignages d’activités associatives 1) Cartes et reçus associatifs : Attestées seulement en 1939 - Fédération nationale des Mutilés et Invalides du travail. Section d’Arcachon. Membre bienfaiteur. Le secrétaire général André Vinet (20 francs, payé le 13 février 1939, suite à une lettre du 21 janvier 1939manuscrite d’A. Vinet, 26 cours Tartas, Arcachon).
Union Vélocipédique de France. Union cycliste Arcachonnaise. Société agréée par le Ministre de la Guerre sous le n° 13.478. Année 1939. Carte de Membre Honoraire. Le Président H. Longau. (25 francs, déjà une carte en 1938, n° 23).
Union Orphéonique d’Arcachon. Année 1939. Carte de membre Honoraire. Le président, G. Vial (10 francs).
1940 : Boule Sportive Arcachonnaise. Année 1940. N° 12. Membre Honoraire. Le Président H. L… (?) (5 francs). Lire la suite dans le Bulletin (15 pages)
Vie de la Société (Aimé Nouailhas) (4 pages) .../...
PAYS DE BUCH EN HISTOIRES Bulletin n° 152 du 2e trimestre 2012

Éditorial - Patrimoine caché (Michel Boyé)
Le présent bulletin s'inscrit dans le droit fil de notre 40eanniversaire et de notre assemblée générale, avec la publication de deux articles dont le contenu a été en partie dévoilé aux participants apparemment comblés de cette belle journée du 15 janvier qui a permis, entre autres, la projection de « L'Ile aux oiseaux ».
Par le plus heureux des hasards, ce court métrage de Marco de Gastyne, petit bijou oublié, préfigurait les futures Journées du Patrimoine 2012 que notre société doit désormais préparer sur le thème du « patrimoine caché ». Plusieurs sites sur la Toile nous indiquent les pistes à explorer : « secrets d'histoire, coulisses et machineries, trésors enfouis, envers du décor... ». Et les idées pullulent : descendre dans le sous-sol à la découverte du patrimoine archéologique (épaves, bunkers, traces d'habitat, restes de bâtiments...) et souterrain (catacombes, grottes, cryptes, tumuli, caves, mines, canalisations, tunnels, voies de circulation...), gagner en altitude pour s'approcher du patrimoine "en hauteur" (charpentes, cloches...) ou pour lire le plan d'urbanisme d'une ville, franchir les portes de maisons et de leurs cours, de salles habituellement fermées, accéder aux coulisses (studios d'enregistrement, salles de théâtre, de cinéma...) et aux archives, découvrir les secrets de fabrication et les savoir-faire, la face cachée de l'art de bâtir, les éléments dissimulés, les détails insolites, les réserves de musées, les lieux et les mémoires oubliées.
Ce qui nous ramène à l'actualité de notre territoire sur lequel, bien évidemment, nos ambitions devront être revues à la baisse sauf, par exemple, à retrouver la « grotte de Gisèle » ou à assister à une restauration accélérée du château de Certes ou du clocher de l'église Saint-Ferdinand d'Arcachon. Lire la suite dans le Bulletin (3 pages)
1901-1951, sur le sable, les pas des stars oubliées (Patrice Vergès et Michel Boyé)
(Conférence du 15 janvier 2012 au Palais des Congrès d’Arcachon) S’il y eut une présentation du « kinématographe » à Arcachon, « en face du Grand Hôtel » en août 1896, le Septième Art s’implanta de manière durable sur les rives du Bassin d’Arcachon à partir de 17 avril 1901 avec la projection de cinq courts métrages, grâce au cinématographe Lumière, dans la salle de l’Athénée, 252 boulevard de la Plage. L’ouverture de salles, à partir de 1907 à Arcachon, puis de 1912 (?) à La Teste-de-Buch, alla de pair avec la venue de cinéastes, de comédiens et de comédiennes en villégiature, mais aussi à la recherche de décors.
Le Bassin d’Arcachon a été le théâtre de nombreux tournages de films, surtout depuis la seconde moitié du XXe siècle, mais n’ayons garde en effet d’oublier les réalisations des Années folles. Ce fut l’occasion pour de nombreux artistes, et non des moindres, de découvrir ou de redécouvrir ses charmes. Certains connaissaient bien ses rivages pour y être né, pour y avoir vécu leur enfance ou pour avoir choisi un jour d’y venir, parfois pour des raisons professionnelles (théâtre), parfois pour se reposer et se divertir, allant même jusqu’à décider, pour quelques-uns d’entre eux, de s’y installer. Au fil du temps, trois « destinations » furent particulièrement privilégiées : - Arcachon où il était de bon ton de se montrer à la Librairie générale et à la pâtisserie Foulon, - la presqu’île du Cap-Ferret avec son hôtel Chantecler, - la nouvelle station à la mode à partir des années 1920, Pyla-sur-Mer.
Partons sur les traces de ces stars oubliées du Bassin d’Arcachon, au gré des rencontres de l’écrivain et journaliste Patrice Vergès, dont les propos figurent ici en italiques. Lire la suite dans le Bulletin (20 pages)
Les deux Société historiques et archéologiques d’Arcachon et du pays de Buch, une « concordance des temps » ? (Armelle Bonin-Kerdon)
À la faveur du quarantième anniversaire de la Société historique et archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch en cette année 2012, nous avons souhaité nous pencher sur son histoire à elle, en quelque sorte en faire à son tour un « objet » d’histoire.Quoi de plus naturel de nous intéresser d’abord à son « ancêtre », la première Société historique, née en 1927 de la volonté du journaliste parisien Albert de Ricaudy, installé à Arcachon pour des raisons de santé ? Il est significatif que cette dernière portait déjà exactement la même dénomination que la société actuelle, du moins jusqu’en 1936. Faut-il pour autant placer la société d’aujourd’hui, recréée en 1972 par Henri Marchou après un sommeil d’une trentaine d’années, dans le droit fil de la première ?
Pour plagier le titre de l’émission de Jean-Noël Jeanneney à France Culture, y a-t-il une « concordance » entre passé et présent, ou y distingue-t-on au contraire le signe d’une évolution notable dans la façon de « faire de l’histoire » localement ? Il n’est pas question ici d’examiner en détail les travaux des deux sociétés, ce qui serait bien sûr au fort désavantage de la première, mais bel et bien la vision de l’Histoire qui les sous-tend. À ce propos, on pourra s’interroger selon plusieurs angles d’attaque, en se demandant par exemple si la première société était représentative de son époque ou non, si elle développait des buts différents de la société actuelle, ou si elle possédait une dimension novatrice susceptible de nous éclairer encore aujourd’hui.
L’Histoire : discipline littéraire ou science ? Aujourd’hui, l’Histoire est considérée comme une science, même si on précise « humaine », avec une méthode axée sur la confrontation des sources, l’établissement de faits indubitables et la recherche des causalités. Certes, une société de bénévoles, comme le pensait Henri Marchou, ne doit être ni trop ni pas assez savante, mais le fait est que, depuis 1972, elle s’efforce de respecter la rigueur « scientifique » et de bannir les « approximations », qui « seraient indignes d’une société historique valable ». Lire la suite dans le Bulletin (8 pages)
Facture-Biganos, la naissance de la papeterie (1925-1945) (Hubert Bonin)
L’histoire économique et l’histoire d’entreprise sont des champs disciplinaires plutôt rébarbatifs ! De surcroît, l’histoire du Bassin d’Arcachon ne privilégie pas la mise en valeur des « forces productives » qui ne sont pas liées aux loisirs ou à la mer… Pourtant, des usines et ateliers ont tourné dans nombre de bourgades, notamment dans la conserverie ou la transformation du métal. Retracer l’histoire d’une papeterie, aussi décriée parfois par les odeurs dégagées, le passage de camions, voire l’outrage au paysage forestier, n’est donc pas « ignoble » !
De plus, une histoire d’usine peut, elle aussi, être passionnante si l’on songe à la puissance de la machine, si fascinante dans les romans ou récits de jadis : or l’histoire des « moyens de production » de cette papeterie se confond avec celle de machines exaltantes d’ampleur et avec celle des ingénieurs et techniciens qui les ont conçues et entretenues. L’on doit évoquer aussi la « geste industrielle », c’est-à-dire le travail des hommes, la création et le renouvellement des « forces productives », donc des emplois, même si, parfois, les fameux « rapports de production » se sont tendus en « rapports de classes » et ont été ponctués d’une histoire de syndicats et de grèves.
Enfin, que seraient le Pays de Buch et les landes girondines sans la « filière bois », qui n’est pas seulement destinée à maintenir la nostalgie des gemmeurs d’antan ou à favoriser les constructions en bois ? Le Sud-Ouest girondin (Bègles, vallée du Ciron) et landais (Mimizan, Roquefort, etc.) dispose lui aussi, comme les Pyrénées, la Normandie ou le Nord, d’une forte histoire de la papeterie, et l’usine de Facture-Biganos est l’une des « cathédrales industrielles » qui symbolise les rêves d’un eldorado de la mise en valeur du bois et les réalités des combats récurrents pour préserver la compétitivité d’un site manufacturier.
Cette révolution n’a évidemment rien à voir avec les activités industrieuses qui avaient caractérisé les siècles précédents. Auparavant, en effet, un moulin papetier avait été construit par la société Loze sur le ruisseau du Lacanau de Mios au lieu-dit « pont Nau », et l’on peut encore en voir des vestiges à l’entrée sud de Biganos. Ce petit site aurait démarré dès 1885 pour fabriquer des papiers gris d’emballage ; le sécheur de la machine était alimenté au bois ; le séchage d’appoint des papiers lourds et très épais s’effectuait par exposition au soleil dans les prairies voisines. Mais cette unité ferme en 1936, complètement dépassée par le progrès technique et la mécanisation. Non loin, un moulin à grain aura fonctionné de 1803 à 1972, après avoir été équipé de deux turbines hydrauliques en 1932… Lire la suite dans le Bulletin (23 pages)
L’aviateur Paulhan à Arcachon (Aimé Nouailhas)
Il y a cent ans, le premier hydravion se posait sur le Bassin ; il y a cent ans, les premières photos aériennes d’Arcachon étaient réalisées. Grâce à nos amis cartophiles, nous avons plaisir à revenir en images sur les acteurs et les événements que vécurent les Arcachonnais les 6, 7 et 8 avril 1912.
Trois hommes et un avion - Jean-Baptiste James Veyrier-Montagnères, maire en campagne électorale - Jean-Baptiste James Veyrier-Montagnères est né le 4 octobre 1852 à Saint-Léonard-de-Noblat (Haute-Vienne). Propriétaire à Arcachon, agent de change à Bordeaux, il a été élu conseiller municipal en 1896 et il est devenu maire d’Arcachon le 26 juin 1897 (il le restera jusqu’au 17 juillet 1922). Après avoir été conseiller général du canton de La Teste de 1898 à 1904, il est alors conseiller du canton d’Arcachon, créé le 6 avril 1906 (il conservera ce mandat jusqu’en 1925).
Son action à la tête de l’administration municipale est remarquable et remarquée. Il a, à son actif, notamment les jetées-promenades (1903-1904, 1906), l’achat de la forêt des Abatilles (1907), le don du Stade Matéo-Petit (1909), une intense promotion pour sa ville, la venue des bateaux de la Marine Nationale pour les festivités arcachonnaises... En 1911, il a inauguré l’électrification de l’éclairage public et la ligne de tramway, il a lancé les travaux pour la réalisation du boulevard-promenade qui porte aujourd’hui son nom.
Pour donner plus d’éclat aux fêtes de Pâques 1912, il recherche une attraction d’un intérêt exceptionnel. De plus, les élections municipales sont prévues un mois plus tard, le 5 mai ; il est donc en campagne. Il demande alors à l’aviateur Paulhan de venir animer le Bassin et le ciel d’Arcachon. La presse annonce qu’il aurait payé 3.000 F (près de 10.000 € actuels, selon l’INSEE) pour le déplacement et les prestations de l’aviateur. Une grande publicité est faite à l’événement ; chaque platane de la ville aurait, dit-on, reçu une affiche ! Lire la suite dans le Bulletin (11 pages)
Le livre d’or de « Chez Foulon » (suite et fin) (Michel Boyé)
La pâtisserie et le bar Foulon, de la guerre à l’incendie - Comme l’arappelé Jean Garnier, l’Occupation fut un épisode douloureux pour André Foulon. Parallèlement, le bar et la pâtisserie connurent des heures difficiles. Le Livre d’Or, avec seulement deux dédicaces – encore sont-elles tout à fait particulières : un sergent et un ami, sinon une « connaissance » d’André Foulon, aux signatures contestables – en portent témoignage, tandis qu’un autoportrait de « Tigre » (Pierre de Régnier [1898-1943]), qui va mourir dans quelques mois d’alcoolisme, souligne la situation tragique du pays.
23 septembre 1940 - Depuis l’occupation - Nous avons la ration - Mais malgré la verdure - Nous prenons la bitture. Signé : Guy Fourcelle ( ?) Sergent au 147e R.I.F.
Je l’ai connu comme ça - Je le retrouve comme ça (ce costume lui sied mieux) - Les ressemblances ne sont pas garanties - En souvenir d’un pernod sans lendemain -Amicalement Signé : Roger Grégory ( ?) Février 1942
Cruauté des temps, alors que grandissait l’inquiétude sur le sort d’André Foulon mais aussi de Jean Farges, l’un et l’autre déportés, la première « personnalité » à apparaître sur le Livre d’Or d’un Arcachon libéré est un chansonnier, malheureusement mal identifié ! Vraisemblablement accompagné d’un compère, aussi bon rimailleur.
Pour ne pas trouver le temps long - Il suffit d’être assez fou - Pour faire le plein chez Fou - Lon. Signé : M. G. Vitez ( ?) Chansonnier
Le 5 octobre 1944 - Toc toc. Me v’là doc !!! - Signé : Miloffe [illisible]
Suit un trio, alors majeur, de la chanson française – le couple Jacques Pills - Lucienne Boyer, escorté par son impresario, l’auteur-compositeur et futur directeur de l’Olympia - Bruno Coquatrix (Ronchin, 5 août 1910 – Paris, 1er avril 1979). Jacques Pills, de son vrai nom René Ducos (Tulle, 7 janvier 1906 - ?, 12 septembre 1970), était alors l’interprète en vogue de Mireille et Jean Nohain, tandis qu’Emilienne-Henriette dite Lucienne Boyer (Paris, 18 août 1901 – ID., 6 décembre 1983) restait pour le grand public l’inoubliable créatrice de « Parlez-moi d’amour » (1930). Lire la suite dans le Bulletin (18 pages)
Textes et documents :
I - 24 mai 1770 - Un naufrage qui se termine bien (Alain Charriaut)
Les Archives Départementales de la Gironde conservent dans le fonds de l’Amirauté de Guyenne un important dossier retraçant une trentaine de naufrages survenus sur les côtes aquitaines durant le XVIIIe siècle.
Ces précieuses informations ont déjà été partiellement exploitées par Jacques Ragot, en particulier dans son ouvrage Les pêcheurs du Bassin d’Arcachon au temps des chaloupes, tout spécialement dans le chapitre XII consacré aux naufrages survenus sur nos côtes.
Tous les navires qui allaient à la côte n’étaient heureusement pas perdus corps et biens, et certains pouvaient être renfloués, réparés et poursuivre leur route.
Voici les mésaventures arrivées en mai 1770 à l’Hercule d’Altona. Les procès-verbaux soigneusement rédigés par le garde-côte juré de Buch, Jean Lesca, permettent de retracer les faits dans leur totalité.
Un premier procès-verbal est rédigé sur les lieux du naufrage le 25 mai 1770 ; en voici la transcription intégrale, avec la graphie du texte :
"Aujourdhuy vingt cinquième may mil sept cent soixante dix, nous, Jean Lesca, garde cotte juré étably par Monseigneur l’Amiral et Messieurs les officiers de l’Amirauté de Guyenne, habitant de la Teste, soussigné, ayant été averty qu’il y avait un navire naufragé à la cotte d’Arcasson au nord de la pointe du Héret et vis-à-vis la paroisse de Lège distant de la Teste d’environ six lieux, sommes partys de notre logis le susdit jour à quatre heures du matin avec une chalouppe armée de quinze hommes que nous avons requis de venir audit naufrage pour y travailler à sauver les marchandises qui pourraient s’y trouver, ainsy que les agrès et appareaux dudit navire, et estant arrivés audit lieu du naufrage environ deux heures de relevée, avons trouvé sur la dite cotte de Lège ledit navire naufragé et échoué à la cotte, dans lequel sommes montés dans iceluy et avons trouvé le capitaine avec neuf hommes d’équipage, auquel dit capitaine avons exhibé notre commission et l’avons interpellé de nous dire son nom, celuy du navire, d’où il estait, où il allait, en quoy consistait la carguézon, ainsy que de nous remettre ses papiers et connaissements. Lire la suite dans le Bulletin (4 pages)
II - Le naufrage du 3 janvier 1904 (Antoine Baggio)
En consultant les archives privées de la famille Bézian de Gujan-Mestras, j’ai retrouvé un texte écrit par le docteur Louis Bézian, publié dans un journal local le 3 janvier 1954. La qualité de l’écriture, le souffle qui s’en dégage, transformant un drame en épopée épique, m’a immédiatement séduit et j’ai pensé en faire profiter les lecteurs du Bulletin. Il s’agit d’un fait historique.
Ce texte, qui décrit avec une grande justesse les conditions très difficiles d’exercice des pêcheurs du Bassin à cette époque, j’ai pensé qu’il fallait aussi le rapprocher du rapport officiel du patron sauveteur publié dans L’Avenir d’Arcachon, n° 2666 du 10 janvier 1904.
Le lendemain, lundi 4 janvier 1904, plusieurs vapeurs, le St-Georges, le Courier-du-Cap et le Courlis ont appareillé à la recherche de ce qui ce qui pouvait encore flotter et pouvait être récupéré. La pêche fut maigre, quelques espars et seulement six pinasses réparables.
Les journaux de la région – La Gironde, La France et L’Avenir d’Arcachon – émus par les pertes énormes subies par les marins, ouvrirent des souscriptions : 14.000 francs furent ainsi récoltés, en deux semaines, qui permirent d’indemniser les pêcheurs à hauteur de 75% de leurs pertes.
Ce même jour, le 4 janvier, les 151 rescapés signèrent une pétition à l’adresse de M. Camille Pelletan, Ministre de la Marine, pour lui demander d’honorer le patron Félix Casteigts, pour son remarquable sauvetage.
Le 3 mars, le ministre écrivit au chef de service de l’inscription maritime de Bordeaux :
«… J’ai été heureux de constater le sang-froid, la prudence et la capacité professionnelle dont ont fait preuve en cette circonstance les patrons Mesple et Casteigts, et je vous prie de leur transmettre toutes mes félicitations, avec inscription à leur article matriculaire. Vous voudrez bien en même temps adresser mes remerciements à la société des Pêcheries Françaises et à celle du Golfe de Gascogne pour le concours désintéressé prêté par leurs navires à l’occasion de cet événement de mer ». Lire la suite dans le Bulletin (6 pages)
III - L’attentisme et l’opportunisme associatifs à Arcachon (1940-1944) (Jacques Clémens)
Un dossier d’archives familiales d’un habitant d’Arcachon permet d’avoir une première approche de ce qui peut être appelé l’attentisme et l’opportunisme associatifs de 1940 à 1944. Mais rien ne prouve que l’on dispose de toutes ses cartes d’adhésion ou de tous les reçus de cotisations ou de simples dons. Certaines cartes étaient renouvelées chaque année ; mais pour certaines associations, seul un reçu gardait la trace des cotisations. D'autre part, le versement d’une somme n’est pas non plus forcément la preuve d’un militantisme associatif. Il ne s’agit le plus souvent que d’une marque de soutien. L’autre limite de cet échantillonnage pour étalonner en quelque sorte le mouvement associatif pendant l’Occupation est d'ordre social. Le sociétaire, né à Arcachon en 1869, a été conseiller municipal jusqu’au 17 juillet 1941. Son adhésion a pu être simplement de « complaisance ». Les dons de bienfaisance ou de solidarité sont le plus souvent au nom de son épouse. Mais l’« encadrement » associatif veille à maintenir le lien avec le sociétaire, même si leurs activités sont fortement réduites sinon arrêtées, du moins pour certaines.
A.Témoignages d’activités associatives 1) Cartes et reçus associatifs : Attestées seulement en 1939 - Fédération nationale des Mutilés et Invalides du travail. Section d’Arcachon. Membre bienfaiteur. Le secrétaire général André Vinet (20 francs, payé le 13 février 1939, suite à une lettre du 21 janvier 1939manuscrite d’A. Vinet, 26 cours Tartas, Arcachon).
Union Vélocipédique de France. Union cycliste Arcachonnaise. Société agréée par le Ministre de la Guerre sous le n° 13.478. Année 1939. Carte de Membre Honoraire. Le Président H. Longau. (25 francs, déjà une carte en 1938, n° 23).
Union Orphéonique d’Arcachon. Année 1939. Carte de membre Honoraire. Le président, G. Vial (10 francs).
1940 : Boule Sportive Arcachonnaise. Année 1940. N° 12. Membre Honoraire. Le Président H. L… (?) (5 francs). Lire la suite dans le Bulletin (15 pages)
Vie de la Société (Aimé Nouailhas) (4 pages) 
Saint-Emilion patrimoine de l'humanité
- par Chaume le 05/05/2012 • 15:35
Parution aux Editions Alan Sutton :
Alain Chaume et Claude Pestana, Saint-Emilion patrimoine mondial de l'humanité 128 pages et 200 cartes postales anciennes, 21 euros. Cet ouvrage présente les paysages viticoles de la région de Saint-Emilion classés au Patrimoine Mondial de l'Humanité en 1999. Il décrit le patrimoine monumental, les vignes et les vendanges, les châteaux viticoles, les communes de la Juridiction et les communes "satellites".
Bien cordialement Alain Chaume Société historique et archéologique de Libourne
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Parution aux Editions Alan Sutton :
Alain Chaume et Claude Pestana, Saint-Emilion patrimoine mondial de l'humanité 128 pages et 200 cartes postales anciennes, 21 euros. Cet ouvrage présente les paysages viticoles de la région de Saint-Emilion classés au Patrimoine Mondial de l'Humanité en 1999. Il décrit le patrimoine monumental, les vignes et les vendanges, les châteaux viticoles, les communes de la Juridiction et les communes "satellites".
Bien cordialement Alain Chaume Société historique et archéologique de Libourne

Le Bassin d'Arcachon en 101 sites et monuments
- par admin
le 17/03/2012 • 11:10
Le Bassin d'Arcachon en 101 sites et monuments .../...
Le Bassin d'Arcachon en 101 sites et monuments 
Site du Train Fantôme
- par TEISSIER
le 10/10/2011 • 10:37
Bonjour, découvrez l'odyssée du Train Fantôme. www.lesdeportesdutrainfantome.org cliquez sur Arcachon . Le secrétaire de l'Amicale des Déportés-Résistants du Train Fantôme : Charles Teissier 315 montée des pins 84450 JONQUERETTES Tél 04 90 22 55 95 (Vaucluse) .../...
Bonjour, découvrez l'odyssée du Train Fantôme. www.lesdeportesdutrainfantome.org cliquez sur Arcachon . Le secrétaire de l'Amicale des Déportés-Résistants du Train Fantôme : Charles Teissier 315 montée des pins 84450 JONQUERETTES Tél 04 90 22 55 95 (Vaucluse) 
Dans les rues d'Andernos-les-Bains
- par Administrateur
le 05/04/2011 • 10:48
ANDERNOS-LES-BAINS RACONTÉ PAR SES RUES ET LIEUX-DITS 
par Mémoire d'Andernos-les-Bains Pourquoi un ouvrage sur les noms des rues d’Andernos-les-Bains ? Pas simplement pour suivre une mode, bien que cet usage soit désormais répandu en France et sur le Bassin d’Arcachon. Pour ses habitants, il est toujours intéressant de savoir pour quelle raison la rue où ils demeurent porte tel ou tel nom. En 1999, des adhérents de l’Association « Mémoire d’Andernos-les-Bains » ont rédigé un petit opuscule, éliminant toutes les rues dont le nom était d’un usage courant (fleurs, oiseaux, poètes, musiciens…). Il donnait une définition très succincte du nom de la rue choisie. En cela, il n’avait qu’un intérêt très réduit pour les lecteurs et les habitants de notre commune. La Société Historique et Archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch a déjà publié des ouvrages plus conséquents sur le nom des rues d’Arcachon, de La Teste-de-Buch, de Gujan-Mestras et de Biganos-Lamothe-Marcheprime. Ces ouvrages, très détaillés et complets, ont rencontré un grand succès auprès des habitants. Nous avons donc entrepris en 2008 de rédiger, à la demande du président de la SHAA, Michel Boyé, cet ouvrage, reprenant toutes les rues et lieux-dits de notre ville, et précisant, non seulement la signification du nom, mais aussi dans la mesure de nos connaissances et de nos sources, la date, les circonstances de la dénomination et les motifs qui ont inspiré les élus lors de leur choix. Les noms qui figurent dans les dictionnaires sont juste évoqués, sauf s’ils ont un rapport avec la commune. Il nous a semblé plus judicieux d’insister sur les dénominations locales pour les noms communs et les personnalités. Leurs origines les plus authentiques sont diverses, géographiques, historiques ou liées à un événement ou une activité. Andernos-les-Bains présente une particularité que l’on retrouve parfois dans d’autres villes. Les quartiers ou les lotissements ont été baptisés par thématique : quartier des musiciens, des chanteurs, des fleurs…, sans grand intérêt historique. Les dernières appellations de voies en 2009 prennent en compte la préoccupation d’attribuer le patronyme de personnalités qui ont marqué l’histoire et le développement d’Andernos-les-Bains. Les sources sont officielles (procés-verbaux des séances du conseil municipal, archives municipales et départementales) mais nous avons aussi collecté des renseignements auprès des «anciens». L’analyse des cartes de Belleyme (levées 1769-1789) et de Cassini (1756-1815), ainsi que les cadastres depuis le premier de 1826, nous ont donné des renseignements précieux. Cet ouvrage se propose d’identifier en référence au plan actuel de 2010, l’origine et les caractéristiques des rues, des lieux-dits existants, disparus ou oubliés. Il ne s’agit pas d’écrire une histoire de la commune mais de donner des repères pour comprendre le développement d’Andernos-les-Bains, « entre mer et forêt ». La toponymie n’étant pas une science exacte, les interprétations peuvent être multiples, incertaines ou approximatives, d’où l’utilisation occasionnelle du conditionnel. Les textes et les iconographies sont l’aboutissement d’un travail collectif mené par une équipe au nom de « Mémoire d’Andernos-les-Bains » ; certains ont rédigé les notices, d’autres ont fait des photos et tous ont participé aux relectures. Cet ouvrage a pour objectif de mieux connaître Andernos-les-Bains à travers le nom de ses rues et lieux-dits et, pourquoi pas, de susciter des témoignages, des compléments d’information. 112 pages - 21 cm x 29,7 cm - ISBN : 9878-2-9529434-7-5 - Prix : 15 € .../...
ANDERNOS-LES-BAINS RACONTÉ PAR SES RUES ET LIEUX-DITS 
par Mémoire d'Andernos-les-Bains Pourquoi un ouvrage sur les noms des rues d’Andernos-les-Bains ? Pas simplement pour suivre une mode, bien que cet usage soit désormais répandu en France et sur le Bassin d’Arcachon. Pour ses habitants, il est toujours intéressant de savoir pour quelle raison la rue où ils demeurent porte tel ou tel nom. En 1999, des adhérents de l’Association « Mémoire d’Andernos-les-Bains » ont rédigé un petit opuscule, éliminant toutes les rues dont le nom était d’un usage courant (fleurs, oiseaux, poètes, musiciens…). Il donnait une définition très succincte du nom de la rue choisie. En cela, il n’avait qu’un intérêt très réduit pour les lecteurs et les habitants de notre commune. La Société Historique et Archéologique d’Arcachon et du Pays de Buch a déjà publié des ouvrages plus conséquents sur le nom des rues d’Arcachon, de La Teste-de-Buch, de Gujan-Mestras et de Biganos-Lamothe-Marcheprime. Ces ouvrages, très détaillés et complets, ont rencontré un grand succès auprès des habitants. Nous avons donc entrepris en 2008 de rédiger, à la demande du président de la SHAA, Michel Boyé, cet ouvrage, reprenant toutes les rues et lieux-dits de notre ville, et précisant, non seulement la signification du nom, mais aussi dans la mesure de nos connaissances et de nos sources, la date, les circonstances de la dénomination et les motifs qui ont inspiré les élus lors de leur choix. Les noms qui figurent dans les dictionnaires sont juste évoqués, sauf s’ils ont un rapport avec la commune. Il nous a semblé plus judicieux d’insister sur les dénominations locales pour les noms communs et les personnalités. Leurs origines les plus authentiques sont diverses, géographiques, historiques ou liées à un événement ou une activité. Andernos-les-Bains présente une particularité que l’on retrouve parfois dans d’autres villes. Les quartiers ou les lotissements ont été baptisés par thématique : quartier des musiciens, des chanteurs, des fleurs…, sans grand intérêt historique. Les dernières appellations de voies en 2009 prennent en compte la préoccupation d’attribuer le patronyme de personnalités qui ont marqué l’histoire et le développement d’Andernos-les-Bains. Les sources sont officielles (procés-verbaux des séances du conseil municipal, archives municipales et départementales) mais nous avons aussi collecté des renseignements auprès des «anciens». L’analyse des cartes de Belleyme (levées 1769-1789) et de Cassini (1756-1815), ainsi que les cadastres depuis le premier de 1826, nous ont donné des renseignements précieux. Cet ouvrage se propose d’identifier en référence au plan actuel de 2010, l’origine et les caractéristiques des rues, des lieux-dits existants, disparus ou oubliés. Il ne s’agit pas d’écrire une histoire de la commune mais de donner des repères pour comprendre le développement d’Andernos-les-Bains, « entre mer et forêt ». La toponymie n’étant pas une science exacte, les interprétations peuvent être multiples, incertaines ou approximatives, d’où l’utilisation occasionnelle du conditionnel. Les textes et les iconographies sont l’aboutissement d’un travail collectif mené par une équipe au nom de « Mémoire d’Andernos-les-Bains » ; certains ont rédigé les notices, d’autres ont fait des photos et tous ont participé aux relectures. Cet ouvrage a pour objectif de mieux connaître Andernos-les-Bains à travers le nom de ses rues et lieux-dits et, pourquoi pas, de susciter des témoignages, des compléments d’information. 112 pages - 21 cm x 29,7 cm - ISBN : 9878-2-9529434-7-5 - Prix : 15 € 
Regards sur le Pays de Buch - Nouveauté
- par Administrateur
le 17/01/2011 • 11:42
Populations du Bassin et du Val de l'Eyre de 1789 à nos jours par Fernand Labatut 
Dans le cadre de la décentralisation administrative, l’intercommunalité confère à la démographie municipale une grande importance. Cet ouvrage relate l’évolution des communautés du Bassin d’Arcachon et du Val de l’Eyre de 1789 à nos jours. L’ouverture économique, la naissance d’Arcachon dans la première moitié du XIXè siècle, l’essor de la rive sud, l’éveil des riveraines du Bassin et du Val de l’Eyre au tourisme… Un Pays réputé jadis hostile et répulsif est aujourd’hui un environnement aimable et attractif où 140.000 habitants goûtent la douceur de vivre et accueillent chaque année plus d’un demi-million de visiteurs et d’estivants, à moins d’une heure de la métropole bordelaise. Société historique et archéologique d'Arcachon et du Pays de Buch - ISBN : 978-2-9529434-5-1 Prix 15 € - 168 pages - 14 x 21 cm.
Ci dessous, vous pourrez lire un petit extrait.
LES PREMIÈRES MUNICIPALITÉS (1790-1792) En février 1790, les corps municipaux se mirent en place dans le Pays de Buch. À la fin de ce mois, les limites des districts (les quinze communes dépendaient du district de Bordeaux) et celles des départements étaient définitivement arrêtées par la Constituante. La Gironde naissait. Dans les Assemblées primaires, le formalisme et la solennité, héritages des décennies passées, marquèrent les premières délibérations des citoyens actifs. Comme autrefois, l’église servant de maison commune, à l’issue de l’office les curés présentèrent les lois qui organisaient les pouvoirs locaux et la procédure avant d’installer le président d’âge, des scrutateurs et un secrétaire. Premier appel nominal des citoyens présents : on vote pour désigner le secrétaire et le processus se répète encore pour la désignation des scrutateurs. Alors les élus prêtent serment. Les opérations électorales peuvent commencer ! Pour élire le maire, les officiers municipaux, les notables, il ne faudra pas moins de trois appels, trois scrutins, trois auditions de discours que prononcent les élus ! Pour l’instant nous ne les identifierons pas, mais il était sans doute important de dire avec quel soin, quel sérieux, les premiers citoyens accomplirent les opérations prescrites par la loi (43). Il faut dire aussi que la complexité, la répétition des procédures envenimèrent souvent les débats, rallumèrent les discussions et conduisirent parfois à des affrontements. ÀSalles, il était bien tard quand tout se termina. À La Teste, les protagonistes Marichon Derlisse et Etienne Turpin s’injurièrent et la minorité quitta l’église dans un grand tumulte. À Andernos, pour éviter une bataille rangée, après l’élection du maire Henri Sescouze le président suspendit la séance qui reprit dans l’après midi quand les excités eurent «dîné» (44). Trois mots revenaient sans cesse dans les serments, « la Nation, la Loi, le Roi ». Dans l’article 17 du décret des 4-11 août 1789 « l’Assemblée Constituante (avait proclamé) solennellement le Roi Louis XVI restaurateur de la liberté des Français ». L’accession au corps municipal supposait, avec une certaine notoriété (dirons-nous une popularité ?) quelques capacités intellectuelles, ce qui limitait singulièrement le choix des électeurs dans les communautés les plus modestes. Dès le début, on vit émerger dans les assemblées la plupart des personnages qui jouèrent un rôle dans la conjoncture révolutionnaire. Les plus éminents se disputèrent l’honneur d’accéder au fauteuil du maire, mais on marqua également un grand intérêt pour celui du procureur syndic de la commune. Si l’on considère que ce dernier, élu comme le premier magistrat au scrutin uninominal, était chargé de veiller à l’exécution des lois et devenait l’accusateur public quand le Conseil siégeait en tant que tribunal de simple police, on saisit bien la dualité potentielle des deux autorités. Dans l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible de relater l’histoire de chaque commune, mais on discerne à travers les documents des situations, des évolutions, des correspondances que nous évoquerons. Les événements nationaux ne semblent pas avoir pesé dans les élections. Les situations locales, les problèmes du terroir étaient beaucoup plus tangibles que les grands concepts de Nation ou de Loi. On ramena tout au plan communal, le seul où l’on put évaluer les changements. Si l’on excepte les non ayant-pins de La Teste qui mirent à l’ordre du jour le problème de la propriété dans la Montagne usagère, on peut voir que les élus appartenaient à tous les groupes d’influence, et que l’on s’était affronté parfois à l’intérieur de ces groupes. Des notaires, Mathieu Dunouguey élu à Gujan, Baleste-Marichon écarté à La Teste, Larauza élevé «aux affaires municipales», élu juge de paix à Salles. Des huissiers de justice, Joseph Sudraut deuxième notable et son collègue Eymeric repoussé à La Teste, Villetorte promu à Salles. Des chirurgiens, Henri Sescouze, premier maire d’Andernos au grand dépit de son confrère arésien Lagonnelle (45), Pierre Daney aîné, officier municipal à Gujan, Jougla battu à La Teste. Certains qui commandaient les gardes nationales locales, Giraudeau à Salles, Raymond Bordellé élu procureur syndic à Andernos, confirmèrent leur ascendant dans ces communes, alors que d’autres respectaient les interdictions de cumul comme le « Major du régiment patriotique de La Teste » Taffard de la Ruade. D’anciens clercs de notaire, Compastruc et plus tard Jean Villatte à Andernos, des instituteurs, Dailleau à Gujan, Morel à Salles, des commis, comme Nicolas Cravey chargé de la Poste aux lettres de La Teste, accédèrent au secrétariat. Les prêtres participèrent aux débats. Certains avec bienveillance et autorité comme le curé Larchevêque, élu deuxième notable à La Teste ou le vicaire Laforcade, témoin conciliant à Salles. Dautres comme le curé Duluc à Andernos ou le curé Turpin à Lanton perturbèrent très tôt la vie municipale. En grand nombre, dans le contexte autarcique de la vie rurale, les marchands, les gros propriétaires et laboureurs entrèrent dans la vie politique de leurs communes : les Dutruch, Mensengal, Villetorte aîné du Teich, Raymond Lafon, Mendès, Dumora à Biganos, Elie, Glangé à Lège, Martin Artaud et Dayre à Lanton, Arnaud Lacoue, Caupos, Baleste à Audenge, les Courbin et les Garnung, les Nicolas de Mios, les Dubourg, Bédouret, Plantey de Salles, les Cazeau et Roumegoux de Béliet... qui furent confrontés, avec bien d’autres concitoyens, au fil des événements, à des situations nouvelles, souvent ambiguës à une époque où les rumeurs dénaturaient les informations dans les campagnes. Dès le début, le district inonda les conseils de correspondance et de documents officiels. Les plus zélés les collationnèrent, les recopièrent sur leurs registres tandis que d’autres, submergés et dépassés, les entassèrent respectueusement... et attendirent. Beaucoup de ces registres ne sont pas parvenus jusqu’à nous. La gestion des communautés s’avéra vite redoutable et particulièrement pour ceux que le négoce, les marchandages, les affaires juridiques n’avaient pas préparés à la tâche. Renouvelée par moitié toutes les fins d’années 1790, 1791, 1792, mais aussi du fait des démissions survenues à l’occasion de querelles ou de lassitudes - le maire Sescouze et le procureur Bordellé à Andernos, le procureur Gérard Desgons à La Teste, les secrétaires Compastrucq et Nicolas Cravey - dans la plupart des cas les municipalités reconduisirent de nombreux édiles, mais les électeurs choisirent parfois des nouveaux maires, le paisible chirurgien Daney aîné à Gujan, le propriétaire Pierre Dumora et le procureur jacobin Vinsac à Andernos, l’impétueux Pierre Cravey jeune, marchand de poissons à La Teste, qui atteignirent non sans mal la fin de 1792. Ce sont les difficultés quotidiennes qui provoquèrent ou alimentèrent les clivages politiques mais les causes lointaines des affrontements résidaient souvent dans les jalousies antérieures, la résurgence des rancunes familiales, des conflits de sections, de quartiers, de villages. Pour évoquer cette période, nous la relaterons rapidement. L’établissement de rôles des impositions nouvelles donna lieu à des péripéties inouïes. Le volontariat fiscal s’avéra peu rentable. La contribution patriotique donna cours à des déclarations ahurissantes qui plongèrent les administrateurs du district dans la plus grande perplexité. À La Teste, les édiles rectifièrent d’une main très lourde les déclarations de leurs adversaires. La commune d’Andernos n’offrit que 38 livres deux sous payables en trois ans à la patrie alors qu’à La Teste, les redressements dépassaient les six mille livres ! La confusion, le désordre s’établissaient dans le pays. Les impôts nouveaux permanents, la contribution foncière décrétée fin 1790 et la mobilière, début 1791, posèrent aux municipalités des problèmes d’inventaires et d’évaluation qu’elles n’avaient pas les moyens de résoudre. Presque toutes prirent un grand retard dans l’établissement des rôles. La perception de ces impôts qu’on n’attendait pas provoqua dans le même temps un accroissement du nombre de citoyens actifs et un mécontentement général dans les villages. Au point que certains maires comme Pierre Dumora à Andernos omirent volontairement d’envoyer les rôles au district ! Réclamations, excuses, rajustements... La décentralisation mettait les fonctionnaires dans des situations d’impuissance. Le Trésor public était vide. Les perturbations qui découlèrent des mesures arrêtées dans le domaine religieux ont été exposées par Jacques Ragot dans le Bulletin n° 59. Les premières municipalités se portèrent garantes de la vie paroissiale mais l’évolution des événements provoqua un grand trouble dans les esprits qui ajouta au mécontentement des populations. Le spectre de la banqueroute avait conduit à la réunion des Etats Généraux. La vente des biens du clergé et les émissions successives des assignats qui devinrent de véritables billets de banque à partir de l’été 1790 perturbèrent l’économie traditionnelle dans le pays. Très vite, les propriétaires et les employeurs abandonnèrent leur rétribution en nature et payèrent leurs brassiers, leurs manouvriers en assignats. La monnaie métallique, thésaurisée par les possédants, disparut (46). L’autarcie familiale se renforça dans un climat inflationniste. Pour les démunis, la question des subsistances domina toutes les autres. Nous avons précédemment analysé les caractères des communes du pays. On comprend que les situations les plus inquiétantes se rencontrent à La Teste et dans le Nord « rural mais non agricole ». La proximité de Bordeaux, cet énorme marché de consommation où les pulsions des foules mal nourries préoccupaient les nouveaux pouvoirs, n’arrangeait pas les choses. Les municipalités ne tardèrent pas à le constater. Déjà, le 14 juin 1790, une émeute avait éclaté à Andernos où les propriétaires refusaient de livrer des grains à Mérignac et à La Teste (47). La fragilité des économies et l’accélération des événements révolutionnaires (en avril 1792, la guerre compromit définitivement la monnaie de papier), le voisinage de la métropole tentaculaire exaspéraient les contrastes sociaux. De Bordeaux parvenaient les décrets, les mots d’ordre, les nouvelles colportées par les marchands et les bouviers. Avec la Fédération nationale, le 14 juillet 1790, toutes les municipalités et les gardes nationales avaient inauguré le cycle des fêtes associatives. Messes solennelles, autels de la Patrie, défilés, discours, serments ponctués par des salves (tous les gardes ne disposaient pas d’un fusil), modestie des effectifs dans les petites communautés ! Il est difficile, malgré l’enthousiasme de certains secrétaires, de mesurer l’impact de ces manifestations collectives sur les mal lotis. Au début d’avril 1792, la Garde Nationale avait été réorganisée dans le pays. La prééminence de La Teste s’affirma encore quand on installa la batterie à La Roquette (de juin à octobre 1792). La levée des marins, dans le même temps (4 octobre 1792) rappela que la Nation était en guerre. Ils partirent et l’émotion fut grande dans les communes du Bassin (48). Ce fut la plus lourde contribution du Pays de Buch à la « grande histoire ». Les graves événements de l’été 1792 (la proclamation de la patrie en danger, la suspension du roi, les massacres de septembre) perçus à travers l’opinion bordelaise avaient soufflé dans les clubs, à Salles, à La Teste, dans les esprits, le fédéralisme girondin. Mais surtout, au fil des jours, les situations paroissiales déconcertantes, la disette et les privations, la lourdeur des impositions quand le pouvoir d’achat des salariés baissait sans cesse, entretenaient partout un grand malaise. Ceux qui détenaient le pouvoir municipal étaient pris à partie par leurs adversaires « qui travaillaient » les populations mécontentes. Dans la conjoncture, les élections de décembre 1792 provoquèrent des changements et inaugurèrent, à l’insu des nouveaux élus, une législature mouvementée. À La Teste, conduits par Jean Fleury, les bourgeois ayant-pins l’emportèrent sur les non ayant-pins. Changement radical, défaite cuisante pour la municipalité Pierre Cravey qui disparut dans la totalité de ses membres. Ailleurs, les querelles de personnes avaient joué, semble-t-il, plus que les idéologies. À Salles, Michel Giraudeau affirma encore sa popularité tandis que le boulanger Bédouret, après un ballotage, battait Dupuch Lapointe et accédait aux fonctions de procureur. À Andernos, Pierre Dumora était éliminé et Henri Sescouze retrouvait la mairie en battant de justesse son confrère Lagonelle soutenu par la section d’Arès. À Gujan, Jean Gaston Caupos, plus jacobin, l’emportait sur les modérés qui continuaient à participer. Dans les communautés modestes où les citoyens lettrés étaient peu nombreux, les remaniements furent sans doute limités (49). Les prêtres assermentés, Louvigeon-Lacroix à La Teste, Laforcade à Salles, François Castera au Teich, Fabre à Mios, Bellard à Béliet (le second et le quatrième devenaient notables) participaient encore aux opérations électorales. C’est au début de 1793 que les édiles les plus perspicaces prirent conscience des grands changements qui s’étaient opérés en France, alors que les événements de Paris inquiétaient la province. La réunion de la Convention et l’avènement de la République, l’exécution de Louis XVI, le soulèvement de la Vendée... et surtout l’affrontement de la Gironde et de la Montagne. La nervosité agitait les communautés. Le 6 mai, on avait pu mesurer le dynamisme des gardes nationales qui convergèrent vers La Teste pour repousser l’envahisseur anglais qu’une rumeur avait débarqué sur nos côtes. La crise girondine eut dans le Pays de Buch un retentissement important à cause de l’influence de Bordeaux sur nos communes. Les « leaders » locaux les plus avertis avaient trouvé leurs modèles politiques dans la métropole où beaucoup avaient été députés par leurs concitoyens lors des consultations électorales du deuxième degré. C’est à La Teste que se joua la partie politique la plus serrée, la plus dangereuse, parce que les notables très cultivés, divisés depuis toujours par leurs intérêts, se déchirèrent dans une lutte sans merci (50). Sescouze, Dunouguey, Daney et leurs amis dont les tendances fédéralistes et le modérantisme étaient bien connus, n’avaient pratiquement plus de responsabilités municipales et ne s’étaient pas compromis dans des écrits. Michel Giraudeau et Jean Gaston Caupos étaient des jacobins notoires. Les autres, trop ignorants, n’avaient pas bien saisi les enjeux de la lutte dans les arrêtés de la Commission girondine de Salut Public. Le 17 octobre 1793, les représentants en mission Ysabeau et Baudot entrèrent à Bordeaux où la Montagne venait de triompher. La Terreur était à l’ordre du jour ; dans la grande ville, l’épuration commença. Le 23 octobre, alors qu’un gouvernement militaire s’installait à Bordeaux, le Bassin vivait une autre alerte, fausse comme la première. La peur régnait partout. La propagande révolutionnaire redoubla d’intensité. Le Club des Hommes Libres à La Teste, où se rencontraient la plupart des anciens édiles, les Jacobins de Salles qui forment un club au printemps 1794, animé par la municipalité Giraudeau, les comités de surveillance des communes où les Jacobins locaux, Meynié et Nicolas Cravey, à La Teste, Foureaux, Bordellé, Lagonnelle et leurs amis à Andernos, se portèrent garants de l’orthodoxie révolutionnaire. Portés au premier plan par la conjoncture, ils correspondirent avec les sections et les sociétés bordelaises et constituèrent un réseau de renseignements, une menace permanente pour ceux qu’ils jugeaient trop timorés. On assista alors à des métamorphoses surprenantes. Dans ce climat de suspicion, de délation, les édiles en place reprirent à leur compte les discours, les mots d’ordres des révolutionnaires, utilisèrent le même vocabulaire que les autres, haranguèrent les foules dans les fêtes civiques nombreuses comme de véritables sans-culottes ! Anticléricalisme, déchristianisation, les foudres de la vertu lancée contre les ennemis, les traîtres, les accapareurs. Dans les communes où les disputes prenaient une tournure inquiétante, les représentants du peuple intervinrent par commissaires interposés. Coussy et Calbeyrac, le 24 frimaire de l’An II (14 décembre 1793) officièrent à La Teste, Delong et Fargeau Benoît séjournèrent à Salles à partir du 5 pluviôse de l’An II (dernière semaine de janvier 1794). Leurs interventions témoignent d’une grande prudence politique. À La Teste, après avoir menacé tour à tour les deux parties des représailles du pouvoir extraordinaire, ils provoquèrent la «réconciliation» des adversaires. À Salles, ils déposèrent les Jacobins militants Giraudeau et Bédouret qui avaient semé le désordre à Mios et les remplacèrent par leurs rivaux Dupuch Lapointe et Cazauvieilh Petiton que l’opinion publique, modérée, soutenait (51). À Andernos, ils révoquèrent le président du comité des subsistances, le Jacobin Foureaux qui avait provoqué la révolte des propriétaires pour avoir voulu (conformément aux mots d’ordre parisiens) réquisitionner des céréales destinées à être vendues au prix du maximum dans la commune, en avril 1794. Par la suite, leurs commissaires permanents fermèrent les yeux sur les exactions de tout ordre. À La Teste, Fadeville se désintéressa tout à fait de la vie municipale, tandis qu’à Andernos, Sutton appuyait les fausses accusations de Bordellé et de Lagonnelle qu’il installait à la mairie après l’arrestation de Sescouze (52). Les représentants ménageaient le Bassin et les communes de la Basse Eyre qui contribuaient à l’approvisionnement des marchés dans la métropole. Les marchands de poissons empaillaient leur marchandise pour la transporter à Bordeaux où ils vendaient plus cher. Le troc et le marché noir que les producteurs pratiquaient impunément bafouaient le prix maximum, car les tribunaux de simple police prononçaient plus de non-lieu que d’amendes (53). L’année 1794 fut très « disetteuse ». Les privations avaient depuis longtemps découragé les pauvres gens que la propagande, désormais, ne touchait plus. Que penser des échos que les fêtes civiques ont enfoui au fil des commémorations révolutionnaires dans les registres et les correspondances qui nous sont parvenues ? Comment juger de l’authenticité des enthousiasmes ou des colères ? Les autels ornés de feuillages, les processions mêlant les rameaux de chênes et les jonchées de fleurs, les jeunes et les vieillards escortés par les gardes nationales, les arbres de la liberté dont les racines se nourrirent des cendres des terriers de la féodalité, quels effets produisirent-ils dans les foules quand les églises devenaient les Temples de la Raison ? Les mentalités communautaires profondément enracinées dans les terroirs de langue occitane, tout en n’étant pas insensibles à ces événements, étaient peu perméables aux incitations du centralisme jacobin. Le désir de vivre dans la commune moulée sur le territoire de sa paroisse, où les horizons familiers enclosaient des traditions séculaires, attachait les hommes, les humbles plus que les autres, à la terre. Ainsi s’explique peut-être le peu d’empressement des conscrits à partir pour les guerres républicaines, même quand les opérations militaires se rapprochent (Vendée, Pyrénées occidentales). Difficile problème pour les édiles responsables dont les correspondances avec Bordeaux sont édifiantes (54). La réquisition des hommes (les marins et quelques volontaires exceptés) souleva autant de difficultés que celle des subsistances. Entre les communes voisines, les cloisons restaient étanches, à peu près : autarcie, endogamie, faible mobilité sociale. On s’adressait au district pour obtenir l’aide des communes rurales pourtant proches. La disette, qui avait trop souvent sévi dans les décennies passées, n’était pas une situation nouvelle. Serait-ce là une explication de la passivité des miséreux dans les communes ? Les brassiers, on le voit dans les émeutes d’Andernos, étaient bien dépendants de leurs propriétaires et le 14 juin 1791, la loi Le Chapelier avait interdit les compagnonnages et la grève. Ce sont les notables qui s’affrontèrent sur le plan des affaires municipales, réglant leurs querelles, inaugurant la vie politique, défendant leurs intérêts. Mais du fait de leur avènement, ils devinrent, au regard des autorités révolutionnaires, responsables de leurs communautés ! À partir de 1793, partout, la partie devint dangereuse, les avantages de la décentralisation ayant disparu alors que s’imposaient les commandements du Salut Public. On avait pu penser que la vente des Biens nationaux permettrait à des petites gens d’améliorer leur condition. En fait, dès 1791, les spéculateurs déployèrent beaucoup d’ingéniosité et accaparèrent les ventes. La soif des terres et des biens restait forte et l’emporta sur les scrupules et sur les craintes, d’autant plus que la condition d’acheteur de biens nationaux fut très souvent considérée comme une preuve de civisme. Les mises aux enchères écartèrent ceux qui n’avaient pas de gros moyens. Les négociants testerins qui avaient toujours contrôlé les activités économiques autour du Bassin usèrent de leurs relations. Gérard Cravey et son épouse Marie Portié (dont le frère expertisait les biens) qui acquit le prieuré de Comprian, Pierre Cravey jeune, leur cousin, acquéreur de Notre-Dame des Monts et des dépendances de la chapelle de La Teste, Alexis Fleury et Taffard de la Ruade, amateurs de prairies... Ils participèrent avec bien d’autres, gens des communes voisines ou citadins de Bordeaux, à de nombreuses ventes. La loi qui permettait de s’unir pour réaliser autorisait en fait toutes les combinaisons alors que la dépréciation des assignats ajoutait encore aux profits. Les adversaires politiques se concertèrent, les amis s’opposèrent, la spéculation redoubla après Thermidor. On comprend que les initiatives du maire Sescouze, du procureur Lagonnelle, qui rêvait de partager les terres d’Arès, aient échoué. D’une manière générale, toutes les entreprises de partage rencontrèrent l’opposition de ceux qui détenaient des propriétés ou des patrimoines. À peu près partout, on vit d’un mauvais œil ceux qui tentèrent de mettre en culture des morceaux de terres vacantes. La question des communaux resta pendante. Les droits des ci-devant qui n’avaient pas émigré furent préservés par les autorités (55). La propriété «inviolable et sacrée» ne fut pas menacée par les Conventionnels. Les modalités des décrets de Ventôse ne furent jamais définies (fin février 1794) et les « indigents », qu’on voulait surtout émanciper de la propagande hébertiste, ne reçurent jamais de terres dans notre pays. Après Thermidor, à Bordeaux, une autre « régénération » succéda à celle d’octobre 1793. Le maire Sescouze avait été libéré le 21 fructidor. Le 27 fructidor (13 septembre 1794), une sentence arbitrale établissait le statu quo dans la forêt usagère. Les conseils étaient complétés, réorganisés dans les communes mais la lassitude était grande. La spéculation et le marché noir s’exaspéraient dans la rigueur d’un terrible hiver. Dans l’esprit d’une séparation entre l’Etat et les Eglises, définie le 18 septembre, le pouvoir abandonna l’Église constitutionnelle, les municipalités cherchèrent des prêtres (56). De nouvelles métamorphoses s’étaient produites dans les sphères municipales. Le discours avait changé. On recherchait les documents compromettants, les registres des clubs, les correspondances. On provoquait la délation des comparses. On essayait de justifier ses propres égarements : « Où sont les magistrats qui, durant ces temps de persécutions où la Convention elle-même gémissait sous l’oppression, n’ont pas été contraints de céder à la fatalité des circonstances, d’agir souvent contre leur cœur et leurs principes ? », écrivit Jean Fleury aîné au Comité de Sûreté Générale de la Convention Nationale à Paris le 3 thermidor An III (21 juillet 1795), alors que l’acte constitutionnel s’élaborait (57). Les événements parisiens, l’instabilité politique dans la capitale et dans les grandes villes faisaient encore peur. Mais les notables organisaient un nouvel « ordre social ». Trente mille électeurs au second degré pour sept millions de citoyens, dont cinq millions de citoyens actifs, allaient gérer la Nation. Quatre millions d’électeurs s’abstinrent le 22 août 1795 quand on vota la Constitution de l’An III. Elle remplaçait les conseils généraux des communes par une Administration cantonale (un agent municipal et un adjoint par commune) et supprimait les districts (un Directoire de cinq membres par département). Dans la déclaration des Droits qui précédait la nouvelle constitution, l’article premier « Les hommes naissent libres et égaux en droits » avait disparu. Désormais, « L’Égalité (consistait) en ce que la loi est la même pour tous ». Et l’article 8 déclarait : « C’est sur le maintien des propriétés que repose la culture des terres, toutes les productions, tout moyen de travail et tout l’ordre social ». Il fallut cependant des semaines à Jean Fleury fils aîné, président de l’Administration municipale du canton, pour réunir cette nouvelle autorité, ses collègues, pour la plupart d’anciens édiles modérés, ne répondant pas régulièrement à ses convocations. Pour nous qui avons évoqué le Pays de Buch dans le contexte de la vie quotidienne de ses habitants, la remontée de ces deux siècles aboutit bien à ces quinze communes «unités respectables du grand tout» qui demeurent, avec d’autres plus récentes qu’elles engendrèrent par la suite, le cadre de vie fondamental (58) des générations contemporaines. Notes 43. P.V. des élections à Salles, La Teste, etc. 44-45. Jean Dumas, ouvrage cité, p. 17. 46. Jacques Clémens, Une monnaie locale à La Teste pendant la Révolution, BSHAA n° 61, p. 25 à 28. 47. Jean Dumas, ouvrage cité, p. 18. 48. ADG 4 L 149. Ils laissaient leurs épouses et leurs enfants que les communautés aideraient... en principe. Dumora à La Teste offrit un pain quotidien solennellement. 49. Municipalités Dutruch, Mensengual au Teich, Lafon à Biganos, Martin Artaud à Lanton, Nicolas à Mios, qu’on cerne plus difficilement. 50. Fernand Labatut, ouvrage cité, chapitre VIII, La crise girondine. 51. 4 L 168, voir document BSHAA n° 29, p. 34. 52. Jean Dumas, ouvrage cité, p. 81. 53. Fernand Labatut, ouvrage cité, p. 185 à 187. 54. Lettre du maire Nicolas qui dénonce un «déserteur» au district par exemple et correspondances municipales retardant les départs, etc. dans les communes. 55. Les biens de Ruat, de Civrac, de Verthamon furent défendus en justice respectivement par le concours de Peyjehan jeune, l’avoué bordelais Deloustal, Jean Fleury fils aîné, qui obtinrent réparation «des violations de leurs propriétés» - Abbé Petit, Le Captalat de Buch pendant la Révolution Française (1789-1804), p. 162. 56. Jacques Ragot, Le clergé en Pays de Buch, BSHAA n° 59, p. 10 à 43. 57. ADG 4L 151. 58. « Ôtez la force et l’indépendance de la commune, vous n’y trouverez que des administrés, point de citoyens » écrivit Tocqueville dans le demi-siècle qui suivit la période révolutionnaire. Il y a actuellement 36627 communes en France.
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Populations du Bassin et du Val de l'Eyre de 1789 à nos jours par Fernand Labatut 
Dans le cadre de la décentralisation administrative, l’intercommunalité confère à la démographie municipale une grande importance. Cet ouvrage relate l’évolution des communautés du Bassin d’Arcachon et du Val de l’Eyre de 1789 à nos jours. L’ouverture économique, la naissance d’Arcachon dans la première moitié du XIXè siècle, l’essor de la rive sud, l’éveil des riveraines du Bassin et du Val de l’Eyre au tourisme… Un Pays réputé jadis hostile et répulsif est aujourd’hui un environnement aimable et attractif où 140.000 habitants goûtent la douceur de vivre et accueillent chaque année plus d’un demi-million de visiteurs et d’estivants, à moins d’une heure de la métropole bordelaise. Société historique et archéologique d'Arcachon et du Pays de Buch - ISBN : 978-2-9529434-5-1 Prix 15 € - 168 pages - 14 x 21 cm.
Ci dessous, vous pourrez lire un petit extrait.
LES PREMIÈRES MUNICIPALITÉS (1790-1792) En février 1790, les corps municipaux se mirent en place dans le Pays de Buch. À la fin de ce mois, les limites des districts (les quinze communes dépendaient du district de Bordeaux) et celles des départements étaient définitivement arrêtées par la Constituante. La Gironde naissait. Dans les Assemblées primaires, le formalisme et la solennité, héritages des décennies passées, marquèrent les premières délibérations des citoyens actifs. Comme autrefois, l’église servant de maison commune, à l’issue de l’office les curés présentèrent les lois qui organisaient les pouvoirs locaux et la procédure avant d’installer le président d’âge, des scrutateurs et un secrétaire. Premier appel nominal des citoyens présents : on vote pour désigner le secrétaire et le processus se répète encore pour la désignation des scrutateurs. Alors les élus prêtent serment. Les opérations électorales peuvent commencer ! Pour élire le maire, les officiers municipaux, les notables, il ne faudra pas moins de trois appels, trois scrutins, trois auditions de discours que prononcent les élus ! Pour l’instant nous ne les identifierons pas, mais il était sans doute important de dire avec quel soin, quel sérieux, les premiers citoyens accomplirent les opérations prescrites par la loi (43). Il faut dire aussi que la complexité, la répétition des procédures envenimèrent souvent les débats, rallumèrent les discussions et conduisirent parfois à des affrontements. ÀSalles, il était bien tard quand tout se termina. À La Teste, les protagonistes Marichon Derlisse et Etienne Turpin s’injurièrent et la minorité quitta l’église dans un grand tumulte. À Andernos, pour éviter une bataille rangée, après l’élection du maire Henri Sescouze le président suspendit la séance qui reprit dans l’après midi quand les excités eurent «dîné» (44). Trois mots revenaient sans cesse dans les serments, « la Nation, la Loi, le Roi ». Dans l’article 17 du décret des 4-11 août 1789 « l’Assemblée Constituante (avait proclamé) solennellement le Roi Louis XVI restaurateur de la liberté des Français ». L’accession au corps municipal supposait, avec une certaine notoriété (dirons-nous une popularité ?) quelques capacités intellectuelles, ce qui limitait singulièrement le choix des électeurs dans les communautés les plus modestes. Dès le début, on vit émerger dans les assemblées la plupart des personnages qui jouèrent un rôle dans la conjoncture révolutionnaire. Les plus éminents se disputèrent l’honneur d’accéder au fauteuil du maire, mais on marqua également un grand intérêt pour celui du procureur syndic de la commune. Si l’on considère que ce dernier, élu comme le premier magistrat au scrutin uninominal, était chargé de veiller à l’exécution des lois et devenait l’accusateur public quand le Conseil siégeait en tant que tribunal de simple police, on saisit bien la dualité potentielle des deux autorités. Dans l’état actuel des connaissances, il n’est pas possible de relater l’histoire de chaque commune, mais on discerne à travers les documents des situations, des évolutions, des correspondances que nous évoquerons. Les événements nationaux ne semblent pas avoir pesé dans les élections. Les situations locales, les problèmes du terroir étaient beaucoup plus tangibles que les grands concepts de Nation ou de Loi. On ramena tout au plan communal, le seul où l’on put évaluer les changements. Si l’on excepte les non ayant-pins de La Teste qui mirent à l’ordre du jour le problème de la propriété dans la Montagne usagère, on peut voir que les élus appartenaient à tous les groupes d’influence, et que l’on s’était affronté parfois à l’intérieur de ces groupes. Des notaires, Mathieu Dunouguey élu à Gujan, Baleste-Marichon écarté à La Teste, Larauza élevé «aux affaires municipales», élu juge de paix à Salles. Des huissiers de justice, Joseph Sudraut deuxième notable et son collègue Eymeric repoussé à La Teste, Villetorte promu à Salles. Des chirurgiens, Henri Sescouze, premier maire d’Andernos au grand dépit de son confrère arésien Lagonnelle (45), Pierre Daney aîné, officier municipal à Gujan, Jougla battu à La Teste. Certains qui commandaient les gardes nationales locales, Giraudeau à Salles, Raymond Bordellé élu procureur syndic à Andernos, confirmèrent leur ascendant dans ces communes, alors que d’autres respectaient les interdictions de cumul comme le « Major du régiment patriotique de La Teste » Taffard de la Ruade. D’anciens clercs de notaire, Compastruc et plus tard Jean Villatte à Andernos, des instituteurs, Dailleau à Gujan, Morel à Salles, des commis, comme Nicolas Cravey chargé de la Poste aux lettres de La Teste, accédèrent au secrétariat. Les prêtres participèrent aux débats. Certains avec bienveillance et autorité comme le curé Larchevêque, élu deuxième notable à La Teste ou le vicaire Laforcade, témoin conciliant à Salles. Dautres comme le curé Duluc à Andernos ou le curé Turpin à Lanton perturbèrent très tôt la vie municipale. En grand nombre, dans le contexte autarcique de la vie rurale, les marchands, les gros propriétaires et laboureurs entrèrent dans la vie politique de leurs communes : les Dutruch, Mensengal, Villetorte aîné du Teich, Raymond Lafon, Mendès, Dumora à Biganos, Elie, Glangé à Lège, Martin Artaud et Dayre à Lanton, Arnaud Lacoue, Caupos, Baleste à Audenge, les Courbin et les Garnung, les Nicolas de Mios, les Dubourg, Bédouret, Plantey de Salles, les Cazeau et Roumegoux de Béliet... qui furent confrontés, avec bien d’autres concitoyens, au fil des événements, à des situations nouvelles, souvent ambiguës à une époque où les rumeurs dénaturaient les informations dans les campagnes. Dès le début, le district inonda les conseils de correspondance et de documents officiels. Les plus zélés les collationnèrent, les recopièrent sur leurs registres tandis que d’autres, submergés et dépassés, les entassèrent respectueusement... et attendirent. Beaucoup de ces registres ne sont pas parvenus jusqu’à nous. La gestion des communautés s’avéra vite redoutable et particulièrement pour ceux que le négoce, les marchandages, les affaires juridiques n’avaient pas préparés à la tâche. Renouvelée par moitié toutes les fins d’années 1790, 1791, 1792, mais aussi du fait des démissions survenues à l’occasion de querelles ou de lassitudes - le maire Sescouze et le procureur Bordellé à Andernos, le procureur Gérard Desgons à La Teste, les secrétaires Compastrucq et Nicolas Cravey - dans la plupart des cas les municipalités reconduisirent de nombreux édiles, mais les électeurs choisirent parfois des nouveaux maires, le paisible chirurgien Daney aîné à Gujan, le propriétaire Pierre Dumora et le procureur jacobin Vinsac à Andernos, l’impétueux Pierre Cravey jeune, marchand de poissons à La Teste, qui atteignirent non sans mal la fin de 1792. Ce sont les difficultés quotidiennes qui provoquèrent ou alimentèrent les clivages politiques mais les causes lointaines des affrontements résidaient souvent dans les jalousies antérieures, la résurgence des rancunes familiales, des conflits de sections, de quartiers, de villages. Pour évoquer cette période, nous la relaterons rapidement. L’établissement de rôles des impositions nouvelles donna lieu à des péripéties inouïes. Le volontariat fiscal s’avéra peu rentable. La contribution patriotique donna cours à des déclarations ahurissantes qui plongèrent les administrateurs du district dans la plus grande perplexité. À La Teste, les édiles rectifièrent d’une main très lourde les déclarations de leurs adversaires. La commune d’Andernos n’offrit que 38 livres deux sous payables en trois ans à la patrie alors qu’à La Teste, les redressements dépassaient les six mille livres ! La confusion, le désordre s’établissaient dans le pays. Les impôts nouveaux permanents, la contribution foncière décrétée fin 1790 et la mobilière, début 1791, posèrent aux municipalités des problèmes d’inventaires et d’évaluation qu’elles n’avaient pas les moyens de résoudre. Presque toutes prirent un grand retard dans l’établissement des rôles. La perception de ces impôts qu’on n’attendait pas provoqua dans le même temps un accroissement du nombre de citoyens actifs et un mécontentement général dans les villages. Au point que certains maires comme Pierre Dumora à Andernos omirent volontairement d’envoyer les rôles au district ! Réclamations, excuses, rajustements... La décentralisation mettait les fonctionnaires dans des situations d’impuissance. Le Trésor public était vide. Les perturbations qui découlèrent des mesures arrêtées dans le domaine religieux ont été exposées par Jacques Ragot dans le Bulletin n° 59. Les premières municipalités se portèrent garantes de la vie paroissiale mais l’évolution des événements provoqua un grand trouble dans les esprits qui ajouta au mécontentement des populations. Le spectre de la banqueroute avait conduit à la réunion des Etats Généraux. La vente des biens du clergé et les émissions successives des assignats qui devinrent de véritables billets de banque à partir de l’été 1790 perturbèrent l’économie traditionnelle dans le pays. Très vite, les propriétaires et les employeurs abandonnèrent leur rétribution en nature et payèrent leurs brassiers, leurs manouvriers en assignats. La monnaie métallique, thésaurisée par les possédants, disparut (46). L’autarcie familiale se renforça dans un climat inflationniste. Pour les démunis, la question des subsistances domina toutes les autres. Nous avons précédemment analysé les caractères des communes du pays. On comprend que les situations les plus inquiétantes se rencontrent à La Teste et dans le Nord « rural mais non agricole ». La proximité de Bordeaux, cet énorme marché de consommation où les pulsions des foules mal nourries préoccupaient les nouveaux pouvoirs, n’arrangeait pas les choses. Les municipalités ne tardèrent pas à le constater. Déjà, le 14 juin 1790, une émeute avait éclaté à Andernos où les propriétaires refusaient de livrer des grains à Mérignac et à La Teste (47). La fragilité des économies et l’accélération des événements révolutionnaires (en avril 1792, la guerre compromit définitivement la monnaie de papier), le voisinage de la métropole tentaculaire exaspéraient les contrastes sociaux. De Bordeaux parvenaient les décrets, les mots d’ordre, les nouvelles colportées par les marchands et les bouviers. Avec la Fédération nationale, le 14 juillet 1790, toutes les municipalités et les gardes nationales avaient inauguré le cycle des fêtes associatives. Messes solennelles, autels de la Patrie, défilés, discours, serments ponctués par des salves (tous les gardes ne disposaient pas d’un fusil), modestie des effectifs dans les petites communautés ! Il est difficile, malgré l’enthousiasme de certains secrétaires, de mesurer l’impact de ces manifestations collectives sur les mal lotis. Au début d’avril 1792, la Garde Nationale avait été réorganisée dans le pays. La prééminence de La Teste s’affirma encore quand on installa la batterie à La Roquette (de juin à octobre 1792). La levée des marins, dans le même temps (4 octobre 1792) rappela que la Nation était en guerre. Ils partirent et l’émotion fut grande dans les communes du Bassin (48). Ce fut la plus lourde contribution du Pays de Buch à la « grande histoire ». Les graves événements de l’été 1792 (la proclamation de la patrie en danger, la suspension du roi, les massacres de septembre) perçus à travers l’opinion bordelaise avaient soufflé dans les clubs, à Salles, à La Teste, dans les esprits, le fédéralisme girondin. Mais surtout, au fil des jours, les situations paroissiales déconcertantes, la disette et les privations, la lourdeur des impositions quand le pouvoir d’achat des salariés baissait sans cesse, entretenaient partout un grand malaise. Ceux qui détenaient le pouvoir municipal étaient pris à partie par leurs adversaires « qui travaillaient » les populations mécontentes. Dans la conjoncture, les élections de décembre 1792 provoquèrent des changements et inaugurèrent, à l’insu des nouveaux élus, une législature mouvementée. À La Teste, conduits par Jean Fleury, les bourgeois ayant-pins l’emportèrent sur les non ayant-pins. Changement radical, défaite cuisante pour la municipalité Pierre Cravey qui disparut dans la totalité de ses membres. Ailleurs, les querelles de personnes avaient joué, semble-t-il, plus que les idéologies. À Salles, Michel Giraudeau affirma encore sa popularité tandis que le boulanger Bédouret, après un ballotage, battait Dupuch Lapointe et accédait aux fonctions de procureur. À Andernos, Pierre Dumora était éliminé et Henri Sescouze retrouvait la mairie en battant de justesse son confrère Lagonelle soutenu par la section d’Arès. À Gujan, Jean Gaston Caupos, plus jacobin, l’emportait sur les modérés qui continuaient à participer. Dans les communautés modestes où les citoyens lettrés étaient peu nombreux, les remaniements furent sans doute limités (49). Les prêtres assermentés, Louvigeon-Lacroix à La Teste, Laforcade à Salles, François Castera au Teich, Fabre à Mios, Bellard à Béliet (le second et le quatrième devenaient notables) participaient encore aux opérations électorales. C’est au début de 1793 que les édiles les plus perspicaces prirent conscience des grands changements qui s’étaient opérés en France, alors que les événements de Paris inquiétaient la province. La réunion de la Convention et l’avènement de la République, l’exécution de Louis XVI, le soulèvement de la Vendée... et surtout l’affrontement de la Gironde et de la Montagne. La nervosité agitait les communautés. Le 6 mai, on avait pu mesurer le dynamisme des gardes nationales qui convergèrent vers La Teste pour repousser l’envahisseur anglais qu’une rumeur avait débarqué sur nos côtes. La crise girondine eut dans le Pays de Buch un retentissement important à cause de l’influence de Bordeaux sur nos communes. Les « leaders » locaux les plus avertis avaient trouvé leurs modèles politiques dans la métropole où beaucoup avaient été députés par leurs concitoyens lors des consultations électorales du deuxième degré. C’est à La Teste que se joua la partie politique la plus serrée, la plus dangereuse, parce que les notables très cultivés, divisés depuis toujours par leurs intérêts, se déchirèrent dans une lutte sans merci (50). Sescouze, Dunouguey, Daney et leurs amis dont les tendances fédéralistes et le modérantisme étaient bien connus, n’avaient pratiquement plus de responsabilités municipales et ne s’étaient pas compromis dans des écrits. Michel Giraudeau et Jean Gaston Caupos étaient des jacobins notoires. Les autres, trop ignorants, n’avaient pas bien saisi les enjeux de la lutte dans les arrêtés de la Commission girondine de Salut Public. Le 17 octobre 1793, les représentants en mission Ysabeau et Baudot entrèrent à Bordeaux où la Montagne venait de triompher. La Terreur était à l’ordre du jour ; dans la grande ville, l’épuration commença. Le 23 octobre, alors qu’un gouvernement militaire s’installait à Bordeaux, le Bassin vivait une autre alerte, fausse comme la première. La peur régnait partout. La propagande révolutionnaire redoubla d’intensité. Le Club des Hommes Libres à La Teste, où se rencontraient la plupart des anciens édiles, les Jacobins de Salles qui forment un club au printemps 1794, animé par la municipalité Giraudeau, les comités de surveillance des communes où les Jacobins locaux, Meynié et Nicolas Cravey, à La Teste, Foureaux, Bordellé, Lagonnelle et leurs amis à Andernos, se portèrent garants de l’orthodoxie révolutionnaire. Portés au premier plan par la conjoncture, ils correspondirent avec les sections et les sociétés bordelaises et constituèrent un réseau de renseignements, une menace permanente pour ceux qu’ils jugeaient trop timorés. On assista alors à des métamorphoses surprenantes. Dans ce climat de suspicion, de délation, les édiles en place reprirent à leur compte les discours, les mots d’ordres des révolutionnaires, utilisèrent le même vocabulaire que les autres, haranguèrent les foules dans les fêtes civiques nombreuses comme de véritables sans-culottes ! Anticléricalisme, déchristianisation, les foudres de la vertu lancée contre les ennemis, les traîtres, les accapareurs. Dans les communes où les disputes prenaient une tournure inquiétante, les représentants du peuple intervinrent par commissaires interposés. Coussy et Calbeyrac, le 24 frimaire de l’An II (14 décembre 1793) officièrent à La Teste, Delong et Fargeau Benoît séjournèrent à Salles à partir du 5 pluviôse de l’An II (dernière semaine de janvier 1794). Leurs interventions témoignent d’une grande prudence politique. À La Teste, après avoir menacé tour à tour les deux parties des représailles du pouvoir extraordinaire, ils provoquèrent la «réconciliation» des adversaires. À Salles, ils déposèrent les Jacobins militants Giraudeau et Bédouret qui avaient semé le désordre à Mios et les remplacèrent par leurs rivaux Dupuch Lapointe et Cazauvieilh Petiton que l’opinion publique, modérée, soutenait (51). À Andernos, ils révoquèrent le président du comité des subsistances, le Jacobin Foureaux qui avait provoqué la révolte des propriétaires pour avoir voulu (conformément aux mots d’ordre parisiens) réquisitionner des céréales destinées à être vendues au prix du maximum dans la commune, en avril 1794. Par la suite, leurs commissaires permanents fermèrent les yeux sur les exactions de tout ordre. À La Teste, Fadeville se désintéressa tout à fait de la vie municipale, tandis qu’à Andernos, Sutton appuyait les fausses accusations de Bordellé et de Lagonnelle qu’il installait à la mairie après l’arrestation de Sescouze (52). Les représentants ménageaient le Bassin et les communes de la Basse Eyre qui contribuaient à l’approvisionnement des marchés dans la métropole. Les marchands de poissons empaillaient leur marchandise pour la transporter à Bordeaux où ils vendaient plus cher. Le troc et le marché noir que les producteurs pratiquaient impunément bafouaient le prix maximum, car les tribunaux de simple police prononçaient plus de non-lieu que d’amendes (53). L’année 1794 fut très « disetteuse ». Les privations avaient depuis longtemps découragé les pauvres gens que la propagande, désormais, ne touchait plus. Que penser des échos que les fêtes civiques ont enfoui au fil des commémorations révolutionnaires dans les registres et les correspondances qui nous sont parvenues ? Comment juger de l’authenticité des enthousiasmes ou des colères ? Les autels ornés de feuillages, les processions mêlant les rameaux de chênes et les jonchées de fleurs, les jeunes et les vieillards escortés par les gardes nationales, les arbres de la liberté dont les racines se nourrirent des cendres des terriers de la féodalité, quels effets produisirent-ils dans les foules quand les églises devenaient les Temples de la Raison ? Les mentalités communautaires profondément enracinées dans les terroirs de langue occitane, tout en n’étant pas insensibles à ces événements, étaient peu perméables aux incitations du centralisme jacobin. Le désir de vivre dans la commune moulée sur le territoire de sa paroisse, où les horizons familiers enclosaient des traditions séculaires, attachait les hommes, les humbles plus que les autres, à la terre. Ainsi s’explique peut-être le peu d’empressement des conscrits à partir pour les guerres républicaines, même quand les opérations militaires se rapprochent (Vendée, Pyrénées occidentales). Difficile problème pour les édiles responsables dont les correspondances avec Bordeaux sont édifiantes (54). La réquisition des hommes (les marins et quelques volontaires exceptés) souleva autant de difficultés que celle des subsistances. Entre les communes voisines, les cloisons restaient étanches, à peu près : autarcie, endogamie, faible mobilité sociale. On s’adressait au district pour obtenir l’aide des communes rurales pourtant proches. La disette, qui avait trop souvent sévi dans les décennies passées, n’était pas une situation nouvelle. Serait-ce là une explication de la passivité des miséreux dans les communes ? Les brassiers, on le voit dans les émeutes d’Andernos, étaient bien dépendants de leurs propriétaires et le 14 juin 1791, la loi Le Chapelier avait interdit les compagnonnages et la grève. Ce sont les notables qui s’affrontèrent sur le plan des affaires municipales, réglant leurs querelles, inaugurant la vie politique, défendant leurs intérêts. Mais du fait de leur avènement, ils devinrent, au regard des autorités révolutionnaires, responsables de leurs communautés ! À partir de 1793, partout, la partie devint dangereuse, les avantages de la décentralisation ayant disparu alors que s’imposaient les commandements du Salut Public. On avait pu penser que la vente des Biens nationaux permettrait à des petites gens d’améliorer leur condition. En fait, dès 1791, les spéculateurs déployèrent beaucoup d’ingéniosité et accaparèrent les ventes. La soif des terres et des biens restait forte et l’emporta sur les scrupules et sur les craintes, d’autant plus que la condition d’acheteur de biens nationaux fut très souvent considérée comme une preuve de civisme. Les mises aux enchères écartèrent ceux qui n’avaient pas de gros moyens. Les négociants testerins qui avaient toujours contrôlé les activités économiques autour du Bassin usèrent de leurs relations. Gérard Cravey et son épouse Marie Portié (dont le frère expertisait les biens) qui acquit le prieuré de Comprian, Pierre Cravey jeune, leur cousin, acquéreur de Notre-Dame des Monts et des dépendances de la chapelle de La Teste, Alexis Fleury et Taffard de la Ruade, amateurs de prairies... Ils participèrent avec bien d’autres, gens des communes voisines ou citadins de Bordeaux, à de nombreuses ventes. La loi qui permettait de s’unir pour réaliser autorisait en fait toutes les combinaisons alors que la dépréciation des assignats ajoutait encore aux profits. Les adversaires politiques se concertèrent, les amis s’opposèrent, la spéculation redoubla après Thermidor. On comprend que les initiatives du maire Sescouze, du procureur Lagonnelle, qui rêvait de partager les terres d’Arès, aient échoué. D’une manière générale, toutes les entreprises de partage rencontrèrent l’opposition de ceux qui détenaient des propriétés ou des patrimoines. À peu près partout, on vit d’un mauvais œil ceux qui tentèrent de mettre en culture des morceaux de terres vacantes. La question des communaux resta pendante. Les droits des ci-devant qui n’avaient pas émigré furent préservés par les autorités (55). La propriété «inviolable et sacrée» ne fut pas menacée par les Conventionnels. Les modalités des décrets de Ventôse ne furent jamais définies (fin février 1794) et les « indigents », qu’on voulait surtout émanciper de la propagande hébertiste, ne reçurent jamais de terres dans notre pays. Après Thermidor, à Bordeaux, une autre « régénération » succéda à celle d’octobre 1793. Le maire Sescouze avait été libéré le 21 fructidor. Le 27 fructidor (13 septembre 1794), une sentence arbitrale établissait le statu quo dans la forêt usagère. Les conseils étaient complétés, réorganisés dans les communes mais la lassitude était grande. La spéculation et le marché noir s’exaspéraient dans la rigueur d’un terrible hiver. Dans l’esprit d’une séparation entre l’Etat et les Eglises, définie le 18 septembre, le pouvoir abandonna l’Église constitutionnelle, les municipalités cherchèrent des prêtres (56). De nouvelles métamorphoses s’étaient produites dans les sphères municipales. Le discours avait changé. On recherchait les documents compromettants, les registres des clubs, les correspondances. On provoquait la délation des comparses. On essayait de justifier ses propres égarements : « Où sont les magistrats qui, durant ces temps de persécutions où la Convention elle-même gémissait sous l’oppression, n’ont pas été contraints de céder à la fatalité des circonstances, d’agir souvent contre leur cœur et leurs principes ? », écrivit Jean Fleury aîné au Comité de Sûreté Générale de la Convention Nationale à Paris le 3 thermidor An III (21 juillet 1795), alors que l’acte constitutionnel s’élaborait (57). Les événements parisiens, l’instabilité politique dans la capitale et dans les grandes villes faisaient encore peur. Mais les notables organisaient un nouvel « ordre social ». Trente mille électeurs au second degré pour sept millions de citoyens, dont cinq millions de citoyens actifs, allaient gérer la Nation. Quatre millions d’électeurs s’abstinrent le 22 août 1795 quand on vota la Constitution de l’An III. Elle remplaçait les conseils généraux des communes par une Administration cantonale (un agent municipal et un adjoint par commune) et supprimait les districts (un Directoire de cinq membres par département). Dans la déclaration des Droits qui précédait la nouvelle constitution, l’article premier « Les hommes naissent libres et égaux en droits » avait disparu. Désormais, « L’Égalité (consistait) en ce que la loi est la même pour tous ». Et l’article 8 déclarait : « C’est sur le maintien des propriétés que repose la culture des terres, toutes les productions, tout moyen de travail et tout l’ordre social ». Il fallut cependant des semaines à Jean Fleury fils aîné, président de l’Administration municipale du canton, pour réunir cette nouvelle autorité, ses collègues, pour la plupart d’anciens édiles modérés, ne répondant pas régulièrement à ses convocations. Pour nous qui avons évoqué le Pays de Buch dans le contexte de la vie quotidienne de ses habitants, la remontée de ces deux siècles aboutit bien à ces quinze communes «unités respectables du grand tout» qui demeurent, avec d’autres plus récentes qu’elles engendrèrent par la suite, le cadre de vie fondamental (58) des générations contemporaines. Notes 43. P.V. des élections à Salles, La Teste, etc. 44-45. Jean Dumas, ouvrage cité, p. 17. 46. Jacques Clémens, Une monnaie locale à La Teste pendant la Révolution, BSHAA n° 61, p. 25 à 28. 47. Jean Dumas, ouvrage cité, p. 18. 48. ADG 4 L 149. Ils laissaient leurs épouses et leurs enfants que les communautés aideraient... en principe. Dumora à La Teste offrit un pain quotidien solennellement. 49. Municipalités Dutruch, Mensengual au Teich, Lafon à Biganos, Martin Artaud à Lanton, Nicolas à Mios, qu’on cerne plus difficilement. 50. Fernand Labatut, ouvrage cité, chapitre VIII, La crise girondine. 51. 4 L 168, voir document BSHAA n° 29, p. 34. 52. Jean Dumas, ouvrage cité, p. 81. 53. Fernand Labatut, ouvrage cité, p. 185 à 187. 54. Lettre du maire Nicolas qui dénonce un «déserteur» au district par exemple et correspondances municipales retardant les départs, etc. dans les communes. 55. Les biens de Ruat, de Civrac, de Verthamon furent défendus en justice respectivement par le concours de Peyjehan jeune, l’avoué bordelais Deloustal, Jean Fleury fils aîné, qui obtinrent réparation «des violations de leurs propriétés» - Abbé Petit, Le Captalat de Buch pendant la Révolution Française (1789-1804), p. 162. 56. Jacques Ragot, Le clergé en Pays de Buch, BSHAA n° 59, p. 10 à 43. 57. ADG 4L 151. 58. « Ôtez la force et l’indépendance de la commune, vous n’y trouverez que des administrés, point de citoyens » écrivit Tocqueville dans le demi-siècle qui suivit la période révolutionnaire. Il y a actuellement 36627 communes en France.

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